Les États-Unis s’apprêtent à tenter une médiation pour réconcilier l’Algérie et le Maroc, dont les relations diplomatiques sont rompues depuis 2021.
L’information a été révélée avant-hier par l’envoyé spécial américain pour les missions de paix, Steve Witkoff, lors d’un entretien diffusé par le magazine d’information 60 Minutes de CBS News. Steve Witkoff a affirmé que son équipe «travaille actuellement sur un accord de paix entre le Maroc et l’Algérie». Selon lui, une entente historique pourrait être conclue «d’ici soixante jours», un délai qu’il juge réaliste au regard des discussions en cours. Cette déclaration intervient à un moment charnière, alors que le Conseil de sécurité des Nations unies s’apprête à débattre du dossier du Sahara occidental. Dans ce contexte, toute initiative visant à détendre les relations entre Rabat et Alger pourrait avoir un impact significatif sur les équilibres diplomatiques régionaux et sur les dynamiques de paix au Maghreb.
En mars dernier, Washington avait déjà annoncé son intention de jouer un rôle de médiateur dans le conflit opposant l’Algérie au Maroc. Massad Boulos, conseiller du président Donald Trump pour les affaires africaines et moyen-orientales, avait déclaré dans un entretien à Al Arabiya que les États-Unis «cherchent une solution consensuelle au conflit du Sahara occidental». En juillet dernier, ce même Massad Boulos a effectué une visite d’une journée à Alger, où il a été reçu en audience par le président Abdelmadjid Tebboune. Le représentant de Donald Trump a indiqué avoir écouté «attentivement le point de vue du président Tebboune sur les défis cruciaux auxquels l’Afrique et la région dans son ensemble sont confrontées, ainsi que sur les nombreuses opportunités qui s’offrent à nous (…)». «Nous sommes impatients de poursuivre nos efforts conjoints pour relever les défis du Sahel et travailler ensemble à la promotion de la paix et de la stabilité», a-t-il souligné. Saluant le dialogue permanent entre les deux pays, Boulos a fait savoir que l’Algérie et les États-Unis travaillent ensemble pour traiter certaines des questions les plus difficiles au monde. «Nous avons un intérêt commun à ce que le monde soit plus pacifique», a-t-il insisté. Si l’échéance évoquée par Witkoff venait à se concrétiser, la région connaîtrait sa première détente diplomatique en près d’un quart de siècle, ouvrant peut-être la voie à la réouverture des frontières et à une coopération régionale longtemps bloquée.
Pourquoi une telle médiation à ce moment précis
Si tous les aspects peuvent être discutés et déboucher sur un compromis lors de la rencontre avec l’envoyé spécial américain, la question du Sahara occidental demeure centrale. L’Algérie, fidèle à sa position, refuse toute solution en dehors du cadre des Nations unies. Pour Alger, seule une résolution onusienne peut trancher la question. Le Maroc, de son côté, compte sur l’influence américaine pour imposer son plan d’autonomie.
Pourquoi, alors, une telle médiation maintenant ? Les États-Unis, conscients de la fragilité du Maroc, dont le souverain Mohammed VI est affaibli par une maladie contraignante, veulent sans doute éviter au royaume une succession longue et incertaine. Washington redoute une déstabilisation d’un allié clé, avec lequel il entretient une coopération militaire étroite, en témoignent les exercices conjoints African Lion, organisés par le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), où le Maroc joue un rôle central.
La détermination américaine s’explique également par la normalisation entre le Maroc et Israël, dans le cadre des accords d’Abraham. Ces accords visant à pacifier le Moyen-Orient et à stimuler le développement régional, ont renforcé le statut stratégique du royaume chérifien aux yeux des Américains.
À cela s’ajoute le projet d’installation de bases aériennes et navales américaines au Maroc. Selon plusieurs sources diplomatiques citées par Reuters, l’administration américaine étudierait la possibilité de déplacer ses bases actuellement situées en Andalousie (Espagne) vers le Maroc.
Les États-Unis misent sur Rabat à deux niveaux: ils appuient le Maroc dans son différend avec l’Espagne sur le financement de la défense au sein de l’OTAN et envisagent de transférer le siège de l’AFRICOM de Stuttgart vers Kénitra, afin de rapprocher leur commandement militaire du continent et de renforcer leur présence stratégique dans la région du Sahel.
Cette relocalisation stratégique, portée par le général Michael Langley, ferait du Maroc le pivot de la politique sécuritaire américaine en Afrique, notamment dans un Sahel en proie au chaos. Ce projet s’inscrit dans un contexte de recomposition des alliances sur le continent, marqué par la montée en puissance de la présence russe.
C’est dans cette logique que les militaires américains souhaitent rapprocher leur commandement de leur terrain d’action, tout en consolidant leurs alliances au Maghreb — une région où l’équilibre reste fragile, mais dont la stabilité demeure cruciale pour les intérêts occidentaux.
Mahmoud Tadjer
