Alors que le cessez-le-feu semblait ramener un semblant de répit après deux années d’horreur, la bande de Ghaza replonge dans l’incertitude.
En dépit de la trêve entrée en vigueur depuis dix jours, l’armée sioniste a mené dimanche l’une de ses offensives les plus violentes depuis la fin de la guerre, bombardant massivement plusieurs zones du territoire palestinien. Les frappes, qui ont visé notamment des camps de déplacés et une école abritant des civils, ont fait plus de quarante morts et des dizaines de blessés, selon des sources médicales locales.
L’entité sioniste a justifié son opération en affirmant que des combattants palestiniens avaient ouvert le feu sur ses unités à Rafah, dans le sud de la bande de Ghaza. Le Hamas a catégoriquement démenti ces accusations, dénonçant une «mise en scène» destinée à torpiller l’accord. Quelques heures plus tard, sous la pression de Washington, l’entité sioniste a été contraint d’annoncer un retour au cessez-le-feu et de rouvrir les points de passage du territoire, qu’il venait d’ordonner de fermer.
Mais le calme reste fragile. Hier matin, des tirs sionistes ont de nouveau tué trois Palestiniens à Ghaza-Ville, dans une zone pourtant considérée comme sûre selon les termes de la trêve. Des témoins affirment que les soldats auraient pu les avertir, mais ont choisi de tirer à vue. L’armée, de son côté, parle d’une opération «préventive» contre des «éléments hostiles». Pour les observateurs, ces incidents témoignent d’un usage disproportionné de la force et d’un manque de respect flagrant des lignes de désengagement convenues.
Le Hamas en quête de garanties au Caire
Dans ce climat de tension, la direction du Hamas a dépêché une délégation conduite par Khalil al-Hayya au Caire. Le mouvement assure vouloir travailler avec les médiateurs égyptiens et les autres factions palestiniennes pour garantir l’application de l’accord, tout en accusant l’occupant de continuer à violer ses engagements : maintien d’une pression militaire sur la «ligne jaune», blocage de l’entrée de produits alimentaires, retards dans la libération des femmes et des enfants détenus, et refus de restituer les corps de centaines de martyrs palestiniens.
De son côté, l’entité sioniste affirme avoir frappé des dizaines de cibles à Ghaza, arguant que le Hamas aurait rompu la trêve. Le mouvement islamiste nie toute implication et réaffirme sa «volonté de respecter scrupuleusement» l’accord, qu’il juge vital pour la population épuisée du territoire.
L’accord de cessez-le-feu, fondé sur le plan de paix du président américain Donald Trump, prévoit non seulement la cessation des hostilités, mais aussi la libération d’otages sionistes et de prisonniers palestiniens, le désarmement du Hamas, et l’entrée de l’aide humanitaire dans la bande de Ghaza. Mais sa mise en œuvre se heurte à la réalité du terrain et à la méfiance persistante entre les parties.
Dans ce contexte tendu, l’Égypte prépare pour la mi-novembre une conférence internationale pour la reconstruction de Ghaza. Un chantier colossal estimé à 67 milliards de dollars sur cinq ans, selon la feuille de route présentée par le Premier ministre palestinien, Mohammad Mustafa. Le plan, réparti en plusieurs phases, prévoit d’abord la fourniture d’abris temporaires à 350 000 familles et la réhabilitation de 200 000 logements endommagés.
Mais les défis sont considérables : désaccords internes palestiniens sur la gouvernance et la question du désarmement du Hamas, restrictions sionistes sur l’entrée des matériaux de construction, et surtout réticence internationale à investir dans une zone toujours instable. «Si nous ne donnons pas la priorité à la reconstruction, le monde ne le fera pas non plus», confie un haut responsable palestinien. «Ghaza doit redevenir une terre de vie, pas un champ de ruines.»
Un an après le début de la guerre du 7 octobre 2023, qui a fait plus de 68 000 morts et 170 000 blessés, en majorité des femmes et des enfants, la population de Ghaza continue de payer le prix du chaos. Entre violations sionistes répétées, fragilité politique palestinienne, et épuisement international, la reconstruction du territoire s’annonce comme une épreuve de volonté autant que de solidarité.
Assia M.
