Des millions d’Américains sont descendus dans les rues, samedi, pour dire non à la dérive autoritaire du président Donald Trump. Sous le slogan «No Kings (Pas de rois)», la contestation s’est étendue à plus de 2700 villes à travers les cinquante États du pays, rassemblant près de sept millions de participants selon les organisateurs. Un mouvement massif et pacifique qui s’est donné pour objectif de défendre la démocratie américaine et de dénoncer des politiques jugées injustes et discriminatoires. Cette deuxième vague de manifestations, plus importante encore que celle de juin dernier, a été marquée par une créativité débordante: pancartes artisanales, costumes colorés, slogans percutants et même le symbole du crâne inspiré de l’anime One Piece, devenu une icône mondiale de résistance.
Les manifestants ont dénoncé pêle-mêle la politique migratoire de Trump, les raids de l’agence ICE, les coupes dans le programme Medicaid, la militarisation des villes et les menaces pesant sur les institutions démocratiques. À Chicago, des milliers de personnes ont scandé «Hands off Chicago», agitant drapeaux américains retournés et drapeaux mexicains, pour protester contre les maux de leur temps : exclusion, précarité et peur. À Los Angeles, l’atmosphère était presque carnavalesque. «Difficile de parler de zone de guerre quand tout le monde danse dans la rue déguisé pour Halloween», ironisait un manifestant interrogé par CNN. À Washington D.C., les fonctionnaires fédéraux, frappés par le dix-huitième jour d’un shutdown gouvernemental, sont venus exprimer leurs angoisses. «Je ne dors plus, je crains de ne plus pouvoir payer mes factures», confiait une employée mise à pied. À New York, la foule a envahi Times Square avant de descendre vers Manhattan Sud. «Nous protestons parce que nous aimons l’Amérique, et nous voulons la retrouver», proclamait une pancarte brandie par une militante des années 1960. À Atlanta, les manifestants ont rattaché leur combat à l’héritage des droits civiques, dans une ambiance empreinte de dignité et d’appel à la tolérance. «Protégeons la démocratie, rejetons la haine», pouvait-on lire sur les banderoles.
Trump réplique avec une vidéo insultante
Fidèle à son style provocateur, Donald Trump a choisi de répondre sur son réseau Truth Social. Il y a publié une vidéo générée par intelligence artificielle, où il apparaît aux commandes d’un avion de chasse baptisé «Trump le roi», larguant des déjections sur des manifestants. La séquence, largement relayée sur les réseaux, a suscité une indignation immédiate. Dans une interview à Fox Business, le président a tenté de minimiser l’événement : «Certains disent que les démocrates retardent la réouverture du gouvernement à cause de cette histoire de roi… Je ne suis pas un roi», a-t-il affirmé, tout en reprochant à l’opposition de nourrir la crise politique actuelle. Les principales organisations progressistes du pays — Indivisible, MoveOn ou encore 50501 — ont coordonné cette journée baptisée «Un jour sans rois», symbole d’une Amérique qui refuse la personnalisation du pouvoir et la dérive monarchique de l’exécutif.
Ces manifestations, entre indignation politique et créativité populaire, traduisent un désir profond de démocratie. Alors que la crise politique se poursuit à Washington, les rues américaines rappellent que la démocratie, même vacillante, continue de battre au rythme des voix qui refusent de se taire.
Synthèse R. I.
