La dénonciation par la France de l’accord de 1968 n’aura aucune utilité. Cet accord de 12 articles, signé le 27 décembre 1968, qui régit «la circulation, l’emploi et le séjour en France des ressortissants algériens», avait déjà été vidé de son sens depuis l’instauration des visas en 1986 et sa révision à trois reprises, en 1985, 1994 et 2001.
Limiter l’octroi des visas a eu peu d’impact. La France avait déjà réduit de 50 % le nombre de visas délivrés aux Algériens depuis peu. Même si le nombre de visas pour étudiants a sensiblement augmenté en ce mois de septembre (+ de 1.000 visas), celui du visa voyageur a connu une baisse sensible selon un rapport du Sénat français en date du mois de septembre. Le même rapport révèle des disparités significatives dans l’octroi de visa en France. Le document met en évidence «un taux de refus nettement plus élevé pour les ressortissants algériens» par rapport aux ressortissants d’autres pays de la région.
Selon les chiffres avancés par les sénateurs Nathalie Goulet et Rémy Féraud dans leur rapport pour la commission des finances, les demandes de visa des Algériens subissent un «traitement nettement plus sévère que leurs voisins». En 2024, 34.8% des demandes algériennes ont été rejetées. Le taux de refus des demandes algériennes est par ailleurs deux fois plus élevé que la moyenne nationale française, qui est de 16.8%. Le rapport sénatorial détaille l’activité consulaire en Algérie en 2024. On estime qu’un total de 383.680 demandes de visa a été déposé. Ces chiffres impliquent que 133.548 dossiers ont été rejetés, tandis que 250.095 visas ont finalement été délivrés. Malgré ces difficultés, l’activité de visa est en pleine expansion.
Selon le même rapport, Capago Algérie, le prestataire chargé de la collecte des dossiers, prévoit d’ouvrir de nouveaux centres en Algérie et d’augmenter ses effectifs dans le pays. Parallèlement, l’ambassade de France à Alger et le consulat d’Oran ont signé respectivement 93 et 48 conventions de partenariat. La France a réduit le nombre de visas accordés aux Algériens en mars 2025, avec une diminution de 28 % en janvier 2025 par rapport à janvier 2024. Cette mesure s’inscrit dans un contexte de tensions diplomatiques persistantes, visant à faire pression sur l’Algérie pour qu’elle accepte la reprise de ses ressortissants en situation irrégulière, bien que le nombre total de visas délivrés ait augmenté en 2024. Selon l’ambassade de France en Algérie, 1.000 visas supplémentaires ont été délivrés aux étudiants algériens en 2024.
Derrière ce chiffre, le taux de refus reste toutefois élevé. «Campus France et l’ambassade de France en Algérie félicitent les 8.351 étudiants algériens qui ont obtenu un visa pour venir étudier en France à la rentrée 2025. Ce chiffre représente une augmentation de plus de 1.000 visas par rapport à l’année 2024». L’Algérie a rejeté sur Paris, le 27 août, la responsabilité d’une diminution prévue des visas octroyés aux Algériens, annoncée la veille par l’ambassade de France en Algérie faute d’effectifs accrédités suffisants. Le ministère des Affaires étrangères a convoqué le chargé d’affaires français pour protester contre un communiqué de l’ambassade, annonçant une «réduction significative» de ses effectifs au motif qu’Alger «n’a pas donné suite à l’essentiel des demandes de visas d’accréditation» de son personnel.
«Les effectifs de l’ambassade et notamment des consulats d’Alger, Oran et Annaba s’en trouveront donc réduits d’un tiers au 1er septembre prochain», a indiqué l’ambassade de France sur X. Cela aura «pour conséquence une capacité limitée à instruire les demandes de visas pour la France» avec un nombre de rendez-vous réduits, a précisé l’ambassade, disant vouloir donner la priorité, «aux demandes de visas d’étude en France». Alger considère n’avoir fait qu’appliquer «le principe de réciprocité» face à un «gouvernement français qui depuis plus de deux ans a été à l’origine du refus d’accréditation» de ses diplomates et agents consulaires.
Selon le ministère, trois consuls généraux et six consuls algériens attendent leurs accréditations depuis plus de six mois et 46 agents diplomatiques et consulaires algériens «n’ont pas pu rejoindre leur lieu d’affectation en France du fait du silence de la partie française» sur leurs demandes d’accréditation.
Mahmoud Tadjer
