L’Égypte s’apprête, aujourd’hui, à devenir le théâtre d’un tournant diplomatique majeur au Proche-Orient. Le ministère égyptien des Affaires étrangères a confirmé l’arrivée de deux délégations — l’une du mouvement Hamas et l’autre de l’entité sioniste — pour entamer des discussions décisives autour d’un échange de prisonniers et d’un cessez-le-feu global, dans le cadre du plan présenté par le président américain Donald Trump.
Des négociations techniques à Charm el-Cheikh
Selon une source diplomatique citée par les médias, les discussions dites «techniques» débuteront à Charm el-Cheikh. L’objectif : mettre en œuvre la première phase d’un plan en vingt points censé mettre fin à la guerre de Ghaza, amorcer un retrait militaire sioniste progressif et ouvrir la voie à une nouvelle administration palestinienne dans l’enclave. Le Hamas a déjà donné son accord de principe, acceptant de libérer l’ensemble des prisonniers sionistes, vivants ou morts. En contrepartie, le mouvement réclame la fin du siège imposé à Ghaza et le transfert de la gestion du territoire à une autorité de technocrates palestiniens, sous supervision arabe et islamique. Une condition posée pour éviter que la question de Ghaza ne soit négociée en dehors du cadre palestinien.
Washington suit de près ces tractations. Le président Trump a annoncé sur sa plateforme Truth Social que «le plan pour Ghaza est en voie d’exécution» et qu’un cessez-le-feu entrera en vigueur dès que le Hamas approuvera la première ligne de retrait sioniste. Il a publié une carte montrant la zone concernée en jaune, tout en affirmant que l’échange de prisonniers constituera le point de départ d’un processus de désescalade «irréversible». Pour Trump, cette initiative est une opportunité de redorer l’image de l’occupant sioniste, de plus en plus isolé sur la scène internationale. Le président américain a salué le rôle du dirigeant turc Recep Tayyip Erdoğan, qu’il crédite d’avoir convaincu le Hamas d’accepter la libération des captifs sionistes.
Dans la foulée, il a dépêché au Caire une délégation de haut niveau composée de son envoyé spécial au Moyen-Orient, Steve Witkoff, et de son gendre Jared Kushner, pour superviser le lancement des pourparlers. À Al Qods, Benyamin Netanyahou a donné son feu vert à la participation d’une équipe sioniste aux négociations. Le Premier ministre a néanmoins prévenu que la suite du processus devait mener au désarmement complet du Hamas et à la démilitarisation de Ghaza, affirmant que cette étape se ferait «soit à travers le plan Trump, soit par la force». Une position soutenue par son gouvernement, mais contestée par ses alliés les plus radicaux. Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a ainsi menacé de quitter la coalition s’il devait «cautionner une défaite» laissant le Hamas au pouvoir. Une fracture politique qui alimente la pression populaire en entité sioniste, des milliers de Sionistes ont défilé pour réclamer la conclusion rapide d’un accord de libération des captifs.
Une épreuve de vérité
Les familles des détenus ont dénoncé toute tentative d’entrave de la part de Ben Gvir et du ministre des Finances Bezalel Smotrich, affirmant qu’elles «feront bloc avec Trump» pour protéger la trêve et ramener leurs proches à la maison.
Au-delà du symbole, les discussions du Caire s’annoncent comme une épreuve de vérité. Pour la première fois depuis le déclenchement du conflit, le Hamas et l’entité sioniste s’assoient à la même table, avec la bénédiction des États-Unis et le soutien logistique de l’Égypte et du Qatar. Un équilibre diplomatique fragile, mais porteur d’une promesse rare : celle d’un premier pas concret vers la fin d’une guerre qui a ravagé Ghaza et isolé la région.
Assia M.
