Dans un livre-enquête à paraître prochainement, l’économiste et très au fait des «dessous des cartes», Yacine Merzougui, nous livre dans «Sonatrach, histoire secrète des arbitrages», les résultats de ses laborieuses recherches et enquêtes.
Un livre «né d’une colère et d’une conviction», précise d’emblée l’auteur dans une note aux lecteurs qui auront l’occasion de découvrir durant le Salon du livre d’Alger, le fruit de plus de 7 ans de travail de pro qui n’a rien laissé au hasard. Pendant toutes ces années, Yacine Merzougui qui a rendu hommage aux hommes et femmes «qui ont défendu avec acharnement les intérêts de leur pays», et dont les combats «constituent l’ossature morale de cet ouvrage», a «fouiné», partout avec rigueur pour mettre au grand jour la face cachée de l’histoire de la première société nationale Sonatrach qui a perdu plusieurs millions de dollars dans ces arbitrages auxquels ont souvent recours les partenaires étrangers pour faire pression sur l’Algérie.
Une plongée au cœur de ces arbitrages internationaux et des litiges ayant opposé Sonatrach à d’autres partenaires étrangers, qu’il a décortiqués avec un professionnalisme soigné. «J’ai eu accès à des documents internes, à des témoignages de cadres ayant participé aux négociations, à des sentences arbitrales dont certaines n’ont jamais été rendues publiques. J’ai croisé ces informations avec des sources ouvertes, des archives de presse, des déclarations officielles. Chaque chiffre, chaque date, chaque affirmation a été vérifiée autant que possible. Lorsque subsistait une incertitude, je l’ai signalée. Lorsqu’un témoignage direct m’a été confié, je l’ai assumé comme tel», écrit-il dans sa note. Merzougui notera qu’au fil de cette enquête, qui a duré plus de sept ans, «une évidence s’est imposée à moi : la qualité juridique des contrats, l’excellence des avocats et la solidité des dossiers techniques ne suffisent pas. Ce qui fait la différence, ce qui départage la victoire de la capitulation, c’est d’abord et avant tout la robustesse du pouvoir politique». Pour Merzougui, les multinationales «ne craignent pas les contrats, elles craignent les États qui les font respecter».
Les multinationales ne craignent pas les contrats…
Il soulignera ainsi que sous l’ère Houari Boumédiène, qui a nationalisé non seulement les hydrocarbures mais aussi les mines, les assurances, les terres agricoles et les biens vacants -des actifs qui appartenaient, à tort ou à raison, aux intérêts français – aucun opérateur n’a intenté de procédure arbitrale contre l’État algérien. Car relève-t-il, «la force du pouvoir imposait le respect». «Plus récemment, sous Abdelmadjid Tebboune, il a suffi d’un ‘non’ sec à la transaction Occidental-Total pour que tout le monde respecte la position algérienne, sans rechigner, sans menace. La fermeté institutionnelle commande l’obéissance», souligne-t-il encore avant de préciser que «les ères Chadli Bendjedid, Liamine Zeroual et surtout Abdelaziz Bouteflika ont connu des pics de plaintes, d’arbitrages perdus, de règlements à l’amiable désastreux».
Cela est dû, selon lui, à «l’affaiblissement du pouvoir central, les luttes internes, la corruption et l’instabilité managériale», qui ont transformé Sonatrach «en proie facile». À travers «Sonatrach, histoire secrète des arbitrages», Yacine Merzougui veut susciter le débat sur «la gouvernance des ressources nationales» mais surtout de la souveraineté aussi bien énergétique que politique du pays. «C’est l’objectif», admet-il. Et le message qu’il veut transmettre en soulignant que «la souveraineté énergétique ne se décrète pas dans les discours : elle se construit dans les marges des contrats, dans la rigueur des négociations, dans le courage des refus».
Pour lui, cette souveraineté exige «des hommes compétents, intègres et protégés de l’arbitraire» et suppose «un État fort, stable et déterminé à défendre l’intérêt national sur le long terme».
R.N.
