Des interpellations et des blessés. Au Maroc, la répression bat son plein. Selon des sources médiatiques, quelques 409 personnes ont été placées en garde à vue, suite au mouvement de protestation initié par le mouvement «Génération Z 212». Un mouvement composé de jeunes, majoritairement nés entre 1990 et le début des années 2000.
Ces jeunes sont descendus dans les rues de grandes villes comme Rabat, Casablanca et Tanger pour réclamer des réformes sociales et économiques urgentes, tout en exprimant de vives critiques à l’égard des politiques gouvernementales focalisées sur des projets sportifs de grande envergure, alors que les citoyens souffrent de la détérioration des services de base.
En effet, depuis le 28 septembre, le Maroc vit au rythme des manifestations. Des centaines de Marocains se rassemblent ainsi dans une dizaine de villes du pays (Rabat, Casablanca, Tanger, Agadir, Marrakech…) pour tenter de faire entendre leur voix. Faisant la sourde oreille, le Makhzen a préféré jouer du bâton. Plusieurs centaines de personnes ont été interpellées, leurs téléphones fouillés et leur identité vérifiée, y compris par des policiers en civil. Sur les réseaux sociaux, une vidéo saisissante montre un père de famille, sa fillette dans les bras, embarqué dans un fourgon de police. A Marrakech comme à Rabat, les principaux lieux de mobilisation, comme la place Jemaa el Fna et Bab el Had, sont désormais quadrillés afin d’éviter tout rassemblement.
De fausses promesses
Sentant le vent tourné et leurs privilèges menacés, les principaux responsables du gouvernement du milliardaire Aziz Akhannouche tentent de prôner le dialogue pour dissiper les critiques, notamment concernant le système de santé et l’éducation, après avoir promis le lancement d’un ensemble de réformes économiques et sociales pour améliorer l’enseignement, la santé et l’emploi. Cependant, la lenteur dans la mise en œuvre de ces promesses a entretenu les protestations, dans un climat de frustration croissante chez les jeunes et de perte de confiance dans la capacité du gouvernement à impulser un véritable changement. D’autant que la réalité du terrain est le reflet naturel d’un échec gouvernemental flagrant et de politiques sociales sectorielles inefficaces, ayant conduit le pays à battre des records en termes de chômage. Alors que l’exécutif est resté silencieux jusqu’au 30 septembre, la présidence de la majorité gouvernementale a fini par publier un communiqué dans lequel elle déclare «comprendre les revendications sociales et être prête à y répondre positivement et de manière responsable, via le dialogue et le débat dans les institutions et les espaces publics». Une sortie tardive reflétant la nature du gouvernement actuel, qui manque de souffle politique.
Tensions sociales croissantes
Les événements de ces derniers jours soulignent des tensions sociales grandissantes au Maroc, où une grande partie de la population exprime sa frustration face aux déficits des services publics et à l’inefficacité des politiques de réforme. Bien que la situation soit encore sous contrôle, les autorités devront répondre aux demandes des citoyens pour éviter une aggravation de la situation. La réforme des secteurs clés, tels que l’éducation et la santé, semble plus que jamais nécessaire pour apaiser les tensions et garantir un avenir plus équitable pour tous les Marocains.
Le virage politique
Des observateurs estiment que le mouvement Génération Z 212 constitue un tournant dans la nature du mouvement social marocain, se distinguant des manifestations traditionnelles par son usage intensif des réseaux sociaux pour l’organisation et la mobilisation, et par un discours moderne, détaché des appartenances partisanes ou idéologiques. Des analystes pensent que la poursuite de la pression populaire pourrait contraindre le gouvernement à revoir ses politiques économiques et sociales, dans un contexte de mécontentement croissant et de chute de la confiance des jeunes envers les institutions de l’État. Le plus préoccupant serait que la violence entraîne un engrenage, où la répression nourrit davantage de colère, provoquant une réponse encore plus dure de l’État.
Ce qui ouvrirait la voie à un cycle incontrôlable de protestation et de répression, menant potentiellement à une crise politique et sociale plus complexe. A ce rythme, la rue restera le principal espace d’expression des revendications pour le changement.
Synthèse Badis B.
