Alors qu’il vit les derniers soubresauts d’un pouvoir en perte d’autorité, Emmanuel Macron choisit de sortir de scène en attaquant frontalement l’Algérie, par le biais d’une instruction publique adressée à François Bayrou, son nouveau youtubeur de Matignon.
Dans cette note rendue curieusement publique, le président exige davantage de fermeté vis-à-vis d’un État algérien devenu indocile, rétif à l’influence française.
D’abord prise pour une simple rumeur infondée, l’affaire s’est rapidement imposée comme une réalité, validée par les relais médiatiques les plus institutionnels de Paris: Le Figaro, Libération, Le Monde et d’autres en ont reproduit les grandes lignes. Dès lors, une question de fond s’impose : qu’est-ce qui pousse un président en fin de mandat à publier, sciemment, une directive diplomatique aussi sensible ?
La réponse est double : une panique stratégique et une tentative de manipulation politique à usage interne, sur fond de ressentiment colonial mal digéré.
Un Président englué dans ses propres erreurs géopolitiques
Le désastre diplomatique que Macron tente maladroitement de maquiller aujourd’hui trouve ses racines dans une série de choix hasardeux et contreproductifs, qui ont isolé la France dans la région maghrébine. Au premier rang de ces erreurs : la reconnaissance implicite du plan marocain sur le Sahara occidental. Par cette posture, Paris a piétiné le droit international, tourné le dos au processus onusien, et clairement pris parti pour le Makhzen, au mépris de la neutralité que la diplomatie française prétend incarner.
Ce geste unilatéral a eu l’effet d’un coup de tonnerre à Alger, où il a été vécu comme une provocation directe. La France a ainsi brisé un équilibre fragile et historique, hypothéquant toute possibilité de médiation régionale. En choisissant Rabat contre Alger, Macron a misé sur une carte faible, isolée, et dont les méthodes sécuritaires et coloniales au Sahara sont de plus en plus contestées, y compris en Europe.
Alger assume sa souveraineté, Paris vacille
Aujourd’hui, la France découvre avec amertume une Algérie émancipée, sûre de ses choix et maîtresse de ses alliances. Elle a su rebondir intelligemment en consolidant ses partenariats avec l’Italie, où les accords énergétiques et industriels se multiplient, et en recollant les morceaux avec l’Espagne, malgré les manœuvres de Paris pour torpiller cette réconciliation. Le nouveau visage de la diplomatie algérienne s’affirme comme celui d’une puissance régionale qui ne plie plus.
C’est là que réside le vrai malentendu français : Paris refuse d’accepter que le temps de la soumission est révolu. Les injonctions venues de l’Élysée ne font plus trembler personne à Alger. D’où la nervosité présidentielle et les dérapages de communication comme cette fameuse instruction publique à Bayrou.
Une diaspora instrumentalisée et menacée
Au lieu de bâtir des ponts avec les six millions de Franco-Algériens, Macron contribue à alimenter une rhétorique de stigmatisation, de soupçon et d’exclusion. Ces millions de citoyens, héritiers d’une histoire douloureuse et complexe, deviennent des pions dans une guerre froide franco-algérienne que l’Élysée attise volontairement.
L’objectif à peine dissimulé : caresser l’électorat d’extrême droite dans le sens du poil, sur fond de fantasmes identitaires. Macron, en maniant l’hostilité envers l’Algérie comme levier électoral, participe dangereusement à la normalisation d’un discours algérophobe au sein même de l’appareil d’État.
L’échec d’un partenariat euro-méditerranéen
Sur le plan économique, les erreurs s’accumulent. L’Union européenne a trahi ses promesses envers l’Algérie, en particulier sur les volets essentiels que sont le transfert de technologie, l’investissement productif, ou encore le taux d’intégration industrielle dans des secteurs clefs comme l’automobile (Renault, entre autres). Bruxelles, à la remorque de Paris, a préféré considérer l’Algérie comme un marché captif, un simple débouché pour écouler ses surplus, au lieu de construire une vraie coopération stratégique.
En retour, Alger rebat les cartes, explore d’autres partenariats (Chine, Turquie, Russie, pays du Golfe), et rejette désormais tout alignement automatique sur les diktats européens. Dans ce contexte, Paris ne peut plus espérer rallier Bruxelles à sa croisade diplomatique contre Alger. Le capital de confiance est épuisé.
Le cas Sansal : la tentation de l’ingérence judiciaire
Dernier avatar de cette tension croissante : l’affaire Boualem Sansal. Ce dernier, entré sur le territoire national en tant que citoyen algérien, est logiquement soumis à la législation algérienne. Pourtant, la France exige une intervention politique dans une procédure judiciaire en cours, oubliant allègrement que dans ses propres institutions, un ministre n’a pas le droit d’influencer un juge.
Cette tentative de pression confirme une fois de plus l’incapacité française à respecter les institutions algériennes, et surtout la tentation permanente de considérer l’Algérie comme un État sous tutelle morale. Une posture intenable, obsolète, et insultante.
Une sortie de route présidentielle
La publication de cette directive présidentielle contre Alger n’est rien d’autre qu’un baroud d’honneur d’un chef d’État décrédibilisé, une ultime gesticulation pour tenter de masquer le naufrage de sa politique maghrébine. Dans ce théâtre crépusculaire, l’Algérie devient le bouc émissaire utile, la cible idéale pour détourner l’attention des échecs internes.
Mais le calcul est dangereux. Car cette hostilité mal dissimulée ne fait qu’enraciner l’Algérie dans sa stratégie de rupture, renforcer l’unité nationale autour de ses choix diplomatiques, et accélérer son pivot vers d’autres horizons plus respectueux de sa souveraineté.
L’Algérie a tourné la page
La page de la dépendance psychologique et stratégique est tournée. L’Algérie regarde vers l’avenir, forte de sa position géographique, de ses ressources, de son autonomie stratégique. Elle ne quémande plus, elle choisit. Et si Paris veut encore parler, ce ne sera plus avec arrogance, mais avec respect, ou pas du tout.
Samir Méhalla
