Face à un environnement international en mutation rapide, l’Algérie tente de réaffirmer une boussole diplomatique cohérente avec ses principes historiques. Entre prudence stratégique et fidélité aux causes qu’elle a toujours soutenues, Alger affiche une volonté de se positionner comme puissance d’équilibre, capable de dialoguer sans se soumettre.
Dans cette perspective, le président de la République a livré, à l’occasion d’un échange avec des journalistes libanais, une vision ordonnée des priorités régionales et internationales de l’Algérie. S’inscrivant dans un ton sobre et institutionnel, cette prise de parole a mis en lumière les constantes d’une politique étrangère fondée sur l’autonomie décisionnelle, le respect des souverainetés et la recherche de solutions pacifiques. Elle révèle une diplomatie de principes, soucieuse de préserver ses intérêts nationaux tout en restant fidèle à ses engagements historiques.
Une minorité extrémiste obsédée par l’Algérie
Interrogé sur les relations avec Paris, le Président Tebboune a affirmé n’avoir «aucun problème avec Emmanuel Macron», tout en dénonçant l’attitude d’«une minorité extrémiste en France» qui, selon lui, a fait de l’Algérie «sa principale obsession». Une référence directe à certains courants de la droite et de l’extrême-droite française. Le dossier mémoriel demeure néanmoins un point sensible. Le chef de l’État a rappelé, selon des médias libanais ayant relayé ses propos, qu’«il y a une mémoire entre nous que nous ne délaisserons jamais». En parallèle, il a souligné le caractère «apaisé et mutuellement bénéfique» des relations d’Alger avec d’autres partenaires européens, citant notamment l’Italie comme exemple de coopération équilibrée.
Pas d’alignement
Outre les questions régionales, le président de la République s’est exprimé sur l’orientation de la politique étrangère de l’Algérie face aux grandes puissances. Dans un contexte de rivalité croissante entre Pékin et Washington pour l’influence en Afrique, il a affirmé qu’Alger privilégiait une posture équilibrée et refusait tout alignement automatique. Il a souligné : «Nous avons de bonnes relations avec les États-Unis, la Chine et la Russie.» Le Président a rappelé que les États-Unis avaient soutenu la cause algérienne à l’ONU durant la guerre de Libération nationale. Il a néanmoins précisé : «Nous avons dit aux Américains que nul ne pourra nous pousser à nous opposer à un autre.»
Pas de normalisation sans solution à deux États
L’Algérie a accueilli et parrainé une conférence des factions palestiniennes, dans le but de favoriser le rapprochement entre elles et de mettre fin aux divisions internes. Cette initiative s’inscrit dans la continuité de son engagement historique en faveur de la cause palestinienne. Le Président Tebboune a reconnu l’implication active de l’Arabie saoudite dans la recherche d’une solution durable à la question palestinienne. «Nous entretenons des relations solides, et nous témoignons que le Royaume a toujours été à nos côtés durant les guerres et les intifadas», a-t-il déclaré. Interrogé sur une éventuelle évolution de la position algérienne vis-à-vis de l’entité sioniste, le chef de l’Etat a été clair : «Le monde entier parle de la solution à deux États, et nous l’avons dit aux Américains : nous ne normaliserons pas avec l’occupant avant l’instauration des deux États». Une position ferme qui s’aligne avec les principes constants de la diplomatie algérienne.
L’Algérie ouverte au changement en Syrie
Sur le dossier syrien, l’Algérie ne manifeste aucune opposition au changement politique survenu à Damas. Selon le président Abdelmadjid Tebboune, son homologue syrien Ahmed Al-Char’a semble animé par une réelle volonté de réforme, ce qui ouvre, aux yeux d’Alger, une perspective de dialogue renforcé. Le chef de l’État a précisé que l’Algérie est «prête à répondre à toute demande d’aide de l’État syrien», exprimant ainsi une disponibilité constante à soutenir un pays historiquement proche. Malgré la complexité de la situation actuelle, Tebboune estime que «la Syrie ne redeviendra pas ce qu’elle était», soulignant cependant que «le processus de réconciliation et de rassemblement nécessite du temps ». Ce regard sur l’avenir de la Syrie se veut lucide mais confiant, en phase avec la position algérienne qui prône la souveraineté et l’unité des peuples.
Interrogé sur les tentatives de normalisation entre la Syrie et l’entité sioniste, le Président a tenu à rappeler que «chaque responsable doit faire ce que veut son peuple», renvoyant ainsi la décision à la volonté populaire plutôt qu’aux injonctions extérieures. Une manière pour Alger de réaffirmer son attachement aux principes de libre détermination et de souveraineté nationale.
Soutien sans conditions au Liban
Sans surprise, la question libanaise s’est imposée comme l’un des temps forts de l’entretien. «Le Liban est dans notre cœur», a déclaré le président Abdelmadjid Tebboune, selon des propos rapportés par la presse libanaise, qui met en avant l’attachement affectif et historique du chef de l’État aux relations entre les deux pays. Une attention particulière a été portée à la réponse favorable d’Alger à une demande officielle de soutien formulée par la partie libanaise, concernant la réhabilitation des infrastructures publiques et municipales, ainsi que la restauration de logements résidentiels à vocation humanitaire. «L’Algérie est le principal soutien du Liban pour la reconstruction», a affirmé Tebboune, annonçant la création d’une commission d’ingénieurs algériens chargée d’en assurer le suivi. L’aide promise est évaluée à 200 millions de dollars.
Toujours à propos de l’aide algérienne, la presse libanaise a souligné qu’à la différence de certaines capitales qui conditionnent leur appui à la question du désarmement du Hezbollah, Alger reste fidèle à sa position de non-ingérence. «Je ne m’implique pas dans les affaires internes. Joseph Aoun est plus conscient que moi de cette réalité», a déclaré le président Tebboune à ce sujet lors de l’entretien.
Ce positionnement assumé ne relève ni du calcul circonstanciel ni de la posture. Il s’inscrit dans une continuité revendiquée, où chaque prise de parole vise à consolider une image d’État stable, attachée à la souveraineté des peuples et à l’indépendance de décision. Dans un monde en recomposition, l’Algérie entend ainsi défendre sa place, non pas dans l’ombre des autres, mais à hauteur d’égal.
Assia M.
