À chaque fois que l’occasion se présente, le roi du Maroc Mohammed VI, essaie de tendre la main à l’Algérie. Cette fois-ci, il profite encore une nouvelle fois, à l’occasion de la fête du Trône, célébrant ses 26 ans de règne pour renouveler son «appel» qui n’est pas dénué d’arrière-pensées.
«J’ai constamment tendu la main en direction de nos Frères en Algérie. J’ai également exprimé la disposition du Maroc à un dialogue franc et responsable ; un dialogue fraternel et sincère», a déclaré Mohamed VI qui a prononcé, mardi, un long discours à l’occasion de la fête du Trône. Du déjà vu. Le roi du Maroc a par le passé lancé plusieurs appels du genre à la même occasion, dont on connait désormais l’issue. Ses discours sont souvent nuancés et contiennent des «piques» adressés à l’Algérie comme si elle est la seule responsable de la détérioration des relations entre les deux pays voisins, et même de la situation interne au Royaume.
Mohamed VI qui fait face à des protestations de la «faim» où à celles dénonçant la normalisation avec l’entité sioniste, dit que son souci est «de conforter la place du Maroc en tant que pays émergent, ce qui va de pair avec Notre engagement réitéré à demeurer ouverts sur notre environnement régional et plus particulièrement sur notre voisinage immédiat avec le peuple algérien frère». Et d’ajouter dans un langage mielleux envers le peuple algérien. : «En Ma qualité de Roi du Maroc, Ma position est claire et constante : le peuple algérien est un peuple frère que des attaches humaines et historiques séculaires lient au peuple marocain, particulièrement par la langue, la religion, la géographie et le destin commun». Le discours de cette année de Mohamed VI, est toutefois légèrement différent des précédents, puisqu’il a évoqué pour la première une «solution consensuelle qui sauve la face à toutes les parties, où il n’y aura ni vainqueur ni vaincu», allusion faite aux relations entre les deux pays mais aussi à la question du Sahara occidental qui demeure le principal point de discorde entre Alger et Rabat. Mohamed VI qui n’a nullement décliné les contours de son projet évoque également l’Union du Maghreb arabe (UMA) qui commence à se redessiner entre Alger, Tunis et Tripoli sans le Royaume. «Nous réaffirmons également notre attachement à l’Union du Maghreb dont Nous sommes persuadés qu’elle ne pourra se faire sans l’implication conjointe du Maroc et de l’Algérie, aux côtés des autres États frères», a-t-il affirmé. Un appel qu’il avait déjà formulé récemment lors du 34e Sommet de la Ligue des États arabes : «Face à cette situation, Nous ne pouvons que déplorer, une fois de plus, le fait que l’Union du Maghreb Arabe ne remplisse pas son rôle naturel de levier de développement commun pour les pays maghrébins».
Cette «solution consensuelle», le roi du Maroc la veut dans le cadre d’un dialogue «franc et responsable», «fraternel et sincère» avec l’Algérie, portant sur «les différentes questions en souffrance entre les deux pays». Inclut-il la fameuse question du Sahara occidental ? En décortiquant ses propos, l’on constate que Mohamed VI est toujours à la manœuvre à propos de la question sahraouie. Cette «solution consensuelle», ce «dialogue franc et responsable» veulent-ils dire abandonner ses principes et «accepter» le plan d’autonomie marocain ? Lorsqu’on sait qu’Alger à toujours refusé de participer aux tables rondes autour de la question sahraouie considérant que le Front Polisario représentant légitime du peuple sahraoui est à même de dialoguer avec l’occupant. Le roi du Maroc maintient d’ailleurs son plan en remerciant dans son discours les soutiens au plan marocain. «Nous exprimons Nos remerciements et Notre considération au Royaume-Uni ami et la République Portugaise pour leurs positions constructives venues appuyer la Proposition d’Autonomie», a-t-il dit. Il est donc difficile de croire à la sincérité du roi Mohamed VI qui intervient dans un contexte régional tendu et une situation interne des plus compliquées alors que les élections législatives au Maroc sont attendues dans moins d’une année. On verra, si l’appel de Mohamed VI sera suivi d’autres «gestes» ou s’il s’agit tout simplement d’une énième manœuvre comme il est de coutume.
A.I.
