Par Samir MÉHALLA
Le roi Mohammed VI a encore une fois, soi-disant, «tendu la main» à l’Algérie. Un geste, dirait-on, d’ouverture, de fraternité et de rapprochement.
Mais comment prendre au sérieux une main tendue lorsque, dans le même temps, les wagons de drogue continuent de franchir nos frontières, charriant leur poison vers notre jeunesse ? Comment croire en la sincérité d’un voisin qui laisse prospérer des circuits criminels, tout en se drapant dans les atours d’un frère de sang ?
L’amitié, la vraie, ne se décrète pas par des mots. Elle s’éprouve dans les actes. Et les actes, eux, parlent plus fort que les discours. Si Rabat voulait réellement réchauffer les relations, il commencerait par assainir son propre territoire. Stopper les usines de kif et les laboratoires clandestins, cesser de nourrir cette guerre chimique qui sape la jeunesse algérienne, voilà le premier pas attendu d’un voisin sincère.
Tendre la main, ce n’est pas tendre un gant imbibé de poison. Une main amicale ne s’accompagne pas de la prolifération des psychotropes, ni de la horde de YouTubeurs stipendiés qui, du matin au soir, invectivent, insultent et propagent la haine contre l’Algérie. Une main qui se veut fraternelle ne pointe pas de doigt accusateur, mais se dépouille des rancunes et des manipulations. Elle commence par demander pardon pour les blessures infligées, pour les offenses publiques, pour les campagnes de diffamation orchestrées depuis l’ombre des palais.
Le Maroc veut-il véritablement tourner la page ? Qu’il commence par se taire là où il offense. Qu’il demande à ses relais numériques de cesser de cracher sur l’Algérie. Que ses médias cessent d’agiter le spectre de la division et du mensonge. Qu’il bannisse les voix de la provocation, de l’arrogance et de l’injure. Une main tendue n’est pas celle qui, dans le même mouvement, serre le poing derrière le dos.
À l’heure où les frontières du Maghreb sont traversées par des vents incertains, comment accorder la confiance à un voisin qui laisse s’installer des bases d’écoute aux mains d’alliés étrangers, dont l’ombre sioniste plane comme une menace ?
La main tendue devrait commencer par éloigner ces yeux indiscrets et ces oreilles malveillantes qui scrutent notre pays depuis l’autre côté des barbelés. Il n’y a pas d’amitié possible quand la méfiance reste organisée et institutionnalisée.
L’Algérie ne ferme pas la porte. Elle n’a jamais refusé le dialogue. Mais elle ne bradera pas sa dignité contre de belles paroles. Si Rabat veut tendre la main, qu’il le fasse avec sincérité, avec une volonté réelle de réparer, de pacifier, de respecter. Sinon, cette main ne sera qu’un théâtre, une scène diplomatique vide de sens, destinée à séduire l’opinion internationale sans jamais transformer la réalité.
La paix n’est pas un mot qu’on prononce à la tribune d’un palais. C’est un geste, un acte, une vérité qui se bâtit au quotidien. Tant que la drogue circulera, que les insultes résonneront, que les yeux étrangers guetteront nos frontières depuis des bases d’écoute complices, la main tendue ne sera qu’une main très sale. L’Algérie mérite mieux : elle mérite une propre sincérité.
S.M.
