Dans une salle archicomble qui semblait trop exigüe pour contenir le public, les magistrats de la 10e chambre pénale de la Cour d’appel d’Alger ont auditionné l’ex-directeur général du protocole de la présidence de la République, Mohamed Bouakkaz par rapport aux graves accusations retenues contre lui au cours de l’instruction judiciaire.
Par Redouane Hannachi
Sans hésitation aucune et avec un langage direct, le mis en cause a maintenu ses premières dépositions en déclarant à la présidente chargée du dossier : «Je suis innocent des faits qui me sont reprochés. Je n’ai rien fait, les présumées victimes veulent me faire coller des une étiquettes. Je ne comprends pas comment ils se sont tous mis d’accord pour salir mon image et ma réputation». Le procureur général adjoint en l’occurrence Fekkir Samir fraichement installé dans son poste à la Cour d’Alger venant du tribunal de Bir Mourad Rais où il a exercé en qualité de procureur de la République, a estimé au cours de son réquisitoire que les faits sont formels. Il a requis l’aggravation de la peine contre l’inculpé qui est resté bouche-bée par rapport à la demande du représentant du ministère public.
Le collectif des avocats composé de Mes Alleug , Chama et Behabyles a dénoncé «les nombreuses violations de la procédure lors de l’enquête préliminaire et durant l’instruction» mais aussi la «liste des biens» sur lesquels reposent les accusations. «Est-il raisonnable de poursuivre une personne pour enrichissement illicite sans déterminer avec précision l’origine et la valeur financière de sa richesse ?», s’est interrogée la défense. Selon toujours ses avocats Mohamed Bouakkaz «occupe un poste sensible et de haut niveau pour lequel il perçoit un salaire mensuel estimé à 350 000 DA, hors primes, et perçoit, dans le cadre de ses missions à l’étranger, des frais annuels en devises variant entre 20 000 et 40 000 euros». «Vous pouvez calculer ce qu’il a gagné au cours des cinq années et le convertir en monnaie nationale», ont-ils ajouté. Les avocats ont par ailleurs expliqué au juge que Mohamed Bouakkaz «a vendu» sa première maison pour «pouvoir en acheter une autre dans un endroit plus adapté, avec une plus grande superficie et de nouveaux voisins».
Les avocats ont par ailleurs expliqué au juge que Bouakkaz «a vendu» sa première maison pour «pouvoir en acheter une autre dans un endroit plus adapté, avec une plus grande superficie et de nouveaux voisins», donc qu’il n’avait pas autant de bien « cumulés ». La défense explique en ce sens qu’il a, plutôt, «recouru à des prêts immobiliers auprès des banques pour financer sa nouvelle maison ». «Il lui est également arrivé de vendre sa voiture et les bijoux personnels de sa femme pour effectuer le paiement de certaines échéances. Tous les documents prouvant ces transactions sont dans le dossier», a insisté la défense soulignant que Mohamed Bouakkaz «est un haut fonctionnaire de l’Etat, qui a été nommé à des postes sensibles au cours de ses 23 années de service. «Il a fait l’objet d’enquêtes administratives et sécuritaires menées par les autorités compétentes, dont les conclusions ont toutes été en sa faveur», ont-ils ajouté.
Enrichissement illicite
Comme devant le président du tribunal correctionnel de Bir Mourad Rais, le représentant du Trésor public a réclamé le remboursement de la somme de 5 millions de dinars comme dédommagement aux préjudices qui lui ont été causés. Les avocats de la défense ont sollicité des délais lors de la première audience suite à l’absence de l’un de ses avocats à savoir maître Chama. Ce dernier a délégué un de ses stagiaires pour demander à la présidente de renvoyer à une date ultérieure. Interrogé ce jour-là à propos de la demande faite, le mis en cause a émis le vœu d’être jugé et a déclaré à la présidente : « Je suis apte pour être auditionné et jugé». Et la présidente lui dit : «Je ne peux pas faire passer l’affaire pour la simple raison que vos avocats en l’occurrence maîtres Chama et Alleug sont absents. Votre affaire sera traitée et jugée la prochaine fois».
L’inculpé a été condamné à une peine de 5 ans de prison ferme assortie d’une amende de 600 000 DA et du paiement, au titre de dédommagement, d’un montant d’un million de dinars au Trésor public. L’incriminé a été reconnu lors de son premier jugement par le président du tribunal correctionnel de Bir Mourad Rais entièrement responsable des faits relatifs à l’abus de confiance et enrichissement illicite. Juste après la prononciation du verdict, le mis en cause est resté bouche-bée pendant quelques minutes avant de lancer à la direction du juge : «Je suis condamné à 5 ans de prison ferme. Je n’ai rien fait». Quelques instants plus tard, il perd conscience et s’écroule. Lors de son passage à la barre, le 9 avril dernier, il a nié toutes les accusations retenues contre lui par le juge d’instruction chargé de l’enquête judiciaire.
La présidente Mme Dahmani Naima se réunira lors des prochains jours avec ses conseillers Mohamed Sendid et Khias H’nifa pour délibérer dans ce dossier. Le dispositif sera prononcé le 12 aout prochain.
R.H
