La conférence d’urgence de Bogotá appelle les Etats à passer de la condamnation à l’action collective.
Le groupe de La Haye, coprésidé par la Colombie et l’Afrique du Sud, organisera, aujourd’hui et demain, une conférence historique à laquelle doivent participer plus de trente Etats issus des quatre coins du globe. Cette conférence a pour but d’aborder les violations du droit international commises par l’Etat sioniste en Palestine.
«Cette réunion d’urgence a été convoquée en réponse aux violations persistantes et croissantes du droit international par Israël dans le Territoire palestinien occupé, y compris le crime de génocide. Elle portera sur des mesures juridiques et diplomatiques coordonnées visant à y mettre un terme», ont indiqué les ministères des Affaires étrangères de Colombie et d’Afrique du Sud dans une déclaration conjointe. Selon le communiqué, les discussions porteront sur les obligations juridiques des États, telles qu’énoncées dans l’avis consultatif de juillet 2024 de la Cour internationale de Justice (CIJ), en particulier sur la nécessité de mettre fin aux actions qui maintiennent la «situation illégale» de l’Etat sioniste en Palestine et de soutenir le droit à l’autodétermination du peuple palestinien. Les Etats annonceront à Bogota des mesures concrètes pour faire appliquer le droit international, mettre fin au génocide et garantir la justice et la reddition de comptes. A travers cette action, le Groupe de La Haye entend porter sa voix et dépasser le cap des paroles en passant aux actes. Ce sommet, qualifié d’événement historique, va au-delà des frontières du Sud global. Des Etats européens (Irlande, Slovénie, Norvège, Espagne, Portugal) et du Moyen-Orient (Liban, Oman, Irak, Qatar) seront présents, aux côtés du Chili, du Brésil, de l’Algérie et du Botswana. La France a été conviée, sans avoir donné de réponse officielle à ce jour. Des représentants de l’ONU sont également attendus, notamment Philippe Lazzarini, directeur de l’UNRWA, et Francesca Albanese, rapporteuse spéciale pour la Palestine, aujourd’hui dans le collimateur des États-Unis.
L’Algérie en première ligne
La présence de l’Algérie à cette conférence coule de source. En effet, elle s’inscrit dans la continuité de son engagement historique en faveur de la Palestine et de la défense des peuples opprimés. En tant que membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, L’Algérie ne cesse de jouer un rôle actif dans la défense des droits du peuple palestinien et dans la recherche d’une solution juste et durable à la question palestinienne. L’Algérie a présenté un projet de résolution pour l’adhésion de la Palestine en tant que membre à part entière de l’ONU et a appelé à un cessez-le-feu immédiat et permanent à Ghaza. Elle dénonce également les violations du droit international par l’entité sioniste et appelle à la protection des droits des Palestiniens, y compris ceux qui sont détenus dans les prisons sionistes.
Une alternative au silence des puissants
L’initiative prise par le groupe de la Haye intervient suite à la multiplication des appels internationaux en faveur de sanctions diplomatiques et économiques contre Israël mais aussi à la suite du silence sinon la complicité des puissants sur ce qui passe en Palestine notamment à Ghaza. Si pour les USA de Trump, la direction est toute tracer, la France macronite joue à l’équilibriste maladroit. En annonçant la reconnaissance imminente de l’Etat de Palestine, puis en reportant l’annonce, le président français essai de ménager le choux et la chèvre. Son indignation face à la situation que vient les palestiniens, contraste mal avec les égards qu’il consent à l’Etat sioniste en refusant d’appliquer le droit international. C’est justement cette complicité de ceux censés être les garants du droit, qui a motivé l’action du groupe de la Haye. «Ce n’est pas une rencontre symbolique, mais une tentative coordonnée de faire respecter la Charte des Nations unies», explique Guillaume Long, conseiller principal du Groupe de La Haye. Parmi les pistes discutées figurent l’interdiction du transit maritime d’armes vers Israël, le soutien aux mandats d’arrêt délivrés par la CPI contre Benyamin Netanyahu et Yoav Gallant, et l’application de la résolution de l’ONU du 18 septembre 2024, qui exige la fin de l’occupation israélienne avant le 18 septembre 2025.
Quelle marge de manœuvre ?
Les mesures coordonnées du Groupe de La Haye représentent un tournant décisif dans l’effort mondial pour faire respecter le droit international et affronter l’impunité sioniste. Pourtant, sans un engagement plus large, leur impact restera limité. D’autres Etats doivent rejoindre cette initiative pour restaurer la crédibilité du système juridique international et défendre les droits du peuple palestinien. Les organisations de défense des droits humains devraient inciter les gouvernements à s’aligner sur l’agenda fondé sur les droits du groupe. Parallèlement, des organismes régionaux comme l’OCI, la Ligue arabe et l’Union africaine doivent prendre des mesures concrètes en accord avec la déclaration de mission du groupe.
Saïd S.