La Tribune, quotidien français d’économie, du dimanche 13 juillet 2025 consacre un entretien central au ministre français des Armées, Sébastien Lecornu, à la veille du défilé du 14 Juillet.
Synthèse Samir MÉHALLA
Dans un contexte international jugé «particulièrement instable», le responsable gouvernemental dresse un état des lieux préoccupé de la sécurité mondiale, tout en appelant à un sursaut stratégique sur le plan militaire, budgétaire et industriel. Le ministre français évoque une multiplication inédite des foyers de tension. À ses yeux, la conjonction des conflits en Ukraine, au Proche-Orient, en Asie du Sud, et les incertitudes liées aux élections américaines marquent une évolution «significative» par rapport à l’année précédente. L’argument central : la France doit adapter son appareil de défense à un monde en recomposition rapide, marqué par une «puissance» retrouvée entre États.
Une trajectoire budgétaire française en progression
Depuis 2017, le budget français des Armées a connu une progression continue, passant de 32,2 à 50,5 milliards d’euros en 2025. L’objectif fixé par la loi de programmation militaire (LPM) est de 67,4 milliards d’euros en 2030. Pour autant, Lecornu estime que cet effort doit être prolongé et renforcé. Il appelle à une mobilisation «budgétaire, morale, intellectuelle et industrielle», afin d’éviter ce qu’il qualifie de «décrochage stratégique» ou de «déclin inacceptable».
L’enjeu des réserves : vers un modèle hybride
Un point saillant de l’entretien concerne la montée en puissance des réserves militaires. Selon le ministre français, le format des armées ne peut plus reposer uniquement sur les forces actives. Il plaide pour une armée «hybride», articulant professionnels et réservistes dotés de réelles capacités opérationnelles.
Le nombre de réservistes est passé de 36 000 en 2017 à 47 000 en mai 2025. Les candidatures explosent : 12 000 demandes ont été enregistrées au premier trimestre 2025, soit l’équivalent d’une année complète auparavant. Mais cette dynamique s’accompagne de difficultés : plusieurs milliers de dossiers restent en attente de traitement, reconnaît-il, qui évoque une «crise de croissance» à résoudre.
Innovation et souveraineté : un appel aux industriels
Lecornu insiste également sur le besoin d’investir dans les technologies stratégiques : spatial, intelligence artificielle, guerre électronique, furtivité, hypervélocité, quantique. Il en appelle à une plus grande prise de risque des industriels, y compris sur fonds propres, pour accélérer le développement de capacités nouvelles. Cette ambition vise à éviter toute forme de dépendance technologique à l’égard de puissances concurrentes. Cet entretien, publié en amont de l’allocution de Macron attendue le soir du 13 juillet, laisse entrevoir un durcissement du ton stratégique du gouvernement. La modernisation de la défense, la montée en puissance des réserves et la réorientation industrielle apparaissent comme les piliers d’un nouveau cycle militaire français. Mais les modalités concrètes de cette inflexion restent encore à définir, notamment en matière de priorités capacitaires et de gouvernance du tissu de défense.
Sans rompre avec la trajectoire budgétaire établie depuis 2017, le ministre français des Armées alerte sur la nécessité de franchir un seuil. Le changement d’échelle envisagé concerne autant les moyens que les mentalités. L’Armée française, affirme-t-il, doit se projeter à l’horizon 2030 en tant que force réactive, technologiquement avancée et capable d’une autonomie stratégique complète. Reste à voir si les annonces qui suivront donneront à cette ambition une traduction politique plus nette.
S.M.