Vous êtes-vous déjà demandé comment savoir si les produits que vous achetez sont vraiment fabriqués de manière durable ? Ou comment les entreprises prouvent qu’elles respectent leurs engagements environnementaux et sociaux ?
Par Samir MÉHALLA
C’est une question de plus en plus importante pour les consommateurs et les gouvernements. Pour y répondre, les Nations Unies viennent de franchir une étape majeure : le Centre des Nations Unies pour la facilitation du commerce et les affaires électroniques (UN/CEFACT) a récemment adopté une nouvelle règle, la Recommandation n° 49, qui promet de rendre les chaînes de fabrication mondiales plus transparentes et responsables.
Qu’est-ce qu’une « chaîne de valeur mondiale » et pourquoi la rendre transparente ?
Imaginez un produit, par exemple, un smartphone. Sa fabrication implique de nombreuses étapes et pays : extraction de minerais, production de composants en Asie, assemblage en Europe, transport, vente… Toutes ces étapes forment ce qu’on appelle une « chaîne de valeur mondiale ».
Jusqu’à présent, il était difficile de suivre précisément le parcours d’un produit et de vérifier si les promesses de durabilité (comme le respect de l’environnement ou des droits des travailleurs) étaient tenues à chaque étape. C’est là qu’intervient la nouvelle recommandation de l’ONU. Elle vise à rendre ces informations fiables, traçables et vérifiables, et à les rendre accessibles à tous, partout dans le monde.
La Recommandation n° 49 : Un guide pour une meilleure information
La semaine dernière, plus de 100 experts et représentants de 28 pays se sont réunis à Genève pour discuter de l’avenir du commerce numérique et des chaînes de valeur durables. Le point culminant de cette réunion a été l’adoption de la Recommandation n° 49, intitulée « La transparence à grande échelle – Promouvoir les chaînes de valeur durables ».
Son objectif principal ? S’assurer que les informations sur la durabilité d’un produit ou d’une entreprise sont non seulement disponibles, mais aussi fiables et vérifiables. Concrètement, cela signifie :
– Des politiques nationales plus claires : Les pays sont encouragés à développer leurs propres règles pour que les entreprises vérifient leurs fournisseurs (c’est la « diligence raisonnable basée sur les risques »).
– Des outils pratiques : L’ONU veut développer des outils pour aider les entreprises à collecter et partager ces informations.
– Des services gouvernementaux de confiance : Pensez aux certifications officielles qui garantissent la qualité ou la durabilité d’un produit.
– L’engagement de tous : Gouvernements, entreprises, consommateurs, tout le monde est appelé à participer.
Quels sont les avantages concrets de cette transparence ?
Cette nouvelle politique n’est pas juste une formalité, elle a des répercussions positives directes :
– Plus de confiance pour les consommateurs : Vous pourrez mieux vérifier si les allégations de durabilité des produits sont fondées. Fini le « greenwashing » !
– Un coup de pouce pour les petites entreprises : En simplifiant la manière de prouver leur durabilité, la recommandation aide les petites et moyennes entreprises (PME) à être plus compétitives face aux grandes. C’est un peu comme égaliser les règles du jeu.
– Moins de paperasse : Les entreprises pourront plus facilement collecter et partager leurs données, ce qui réduit les coûts et le temps passé à remplir des formulaires.
– Un commerce plus juste et durable : À long terme, l’idée est de créer un système mondial où la durabilité n’est pas une option, mais une norme.
Le « Passeport Numérique de Produit » : la clé de la traçabilité
Pour que cette transparence devienne une réalité, l’UN/CEFACT travaille sur des outils concrets. L’un des plus prometteurs est le Passeport Numérique de Produit (DPP). Imaginez-le comme une carte d’identité numérique pour chaque produit, contenant toutes les informations sur sa durabilité, de sa fabrication à sa fin de vie.
La Recommandation n° 49 pose les bases pour que ces passeports numériques soient interopérables, c’est-à-dire qu’ils puissent être lus et compris partout dans le monde, quelle que soit la technologie utilisée. Pour cela, l’ONU développe un outil essentiel : le Protocole de Transparence des Nations Unies (UNTP). C’est un système sécurisé et ouvert qui permettra aux entreprises, aux certificateurs et aux régulateurs d’échanger des données ESG (Environnementales, Sociales et de Gouvernance) de manière fiable.
Un pas de géant vers un avenir plus durable
En bref, l’adoption de la Recommandation n° 49 est une avancée majeure. Elle montre la volonté de l’ONU de bâtir un système commercial mondial où la transparence et la responsabilité sont les piliers. C’est une démarche essentielle pour atteindre les Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies, en particulier l’ODD 12 sur la consommation et la production durables. Pour nous tous, cela signifie la promesse d’un avenir où nous pourrons faire des choix plus éclairés et où les entreprises devront rendre des comptes sur leur impact réel.
S.M.