Décidément, la France, désormais «infestée» par l’extrême-droite raciste et islamophobe, ne veut rien lâcher à propos d’une affaire «algéro-algérienne», comme l’a souligné l’APS lundi, le dossier Boualem Sansal.
Après une première douche froide, survenue à la veille de la célébration de l’indépendance nationale, la justice algérienne ayant confirmé en appel, le 1er juillet, la condamnation à 5 ans de prison ferme de Boualem Sansal, la France qui vire de plus en plus à droite guettait avec impatience une seconde chance, une grâce présidentielle le 5 juillet. C’est finalement le coup de grâce qui achève complètement une France néocoloniale. Boualem Sansal reste en prison et c’est une décision souveraine de la justice algérienne. «Boualem Sansal n’est pas un otage : il a été jugé pour un délit relevant de l’ordre interne, lié à l’unité nationale, une ligne rouge pour tout Etat digne de ce nom», estime un commentaire de l’APS.
La classe politique hexagonale se mobilise alors à travers notamment les chaînes du groupe Bolloré pour revenir à la charge. «Derrière l’affaire Sansal, c’est une stratégie bien préparée qui se révèle au grand jour : raviver l’algérophobie pour détourner l’attention des véritables crises que connaît l’hexagone. On agite le spectre de ‘l’Algérie ingouvernable’, on recycle la nostalgie de ‘l’Algérie française’, on ressuscite l’OAS à travers éditoriaux, tribunes et plateaux TV racoleurs», analyse à juste titre l’APS. C’est d’ailleurs à travers ces mêmes chaînes que députés et autres hommes politiques aux visées souvent électoralistes tentent d’utiliser «l’Affaire Sansal» pour faire pression sur l’Union européenne, appelée à… faire pression sur l’Algérie. Ces levées de bouclier, si elles relèvent d’une algérophobie désormais certaine, met au grand jour le grand malaise et les difficultés en interne de la France des droits de l’homme. Invité dimanche dernier, du «Grand rendez-vous CNews-Les Échos-Europe 1», l’eurodéputé LR François-Xavier Bellamy a affirmé que Kaja Kallas, représentante pour les Affaires étrangères de l’Union européenne (UE), ne «connaissait pas la situation» de l’écrivain franco-algérien. «Quand je lui ai parlé du cas Boualem Sansal, elle ne connaissait pas [sa] situation. Elle ne savait même pas que cette situation était un sujet de préoccupation pour nous, Français. Ça veut dire que la France, le gouvernement français, par la voix de sa diplomatie, n’avait pas fait savoir à la Commission européenne que ce sujet était pour nous prioritaire», a-t-il regretté. De son côté, Arnaud Benedetti, cofondateur du comité de soutien à Sansal, a déclaré que l’Union européenne devait jouer un rôle en exerçant des pressions sur l’Algérie, notamment en suspendant ses accords avec elle, et en refusant de réviser l’Accord d’association comme le souhaite le gouvernement algérien.
Dans une déclaration au site «Public Sénat», Benedetti a révélé que le comité de soutien à Boualem Sansal avait adressé une demande officielle à la Commission européenne pour qu’elle intervienne dans cette affaire, mais que la vice-présidente de la Commission, Kaja Kallas, a ignoré la requête et n’a pas répondu. Le même comité a également déposé une plainte auprès du Médiateur de l’Union européenne pour protester contre cette inaction, mais aucune réponse n’a été donnée jusqu’à présent. Ces nombreux «orateurs» ne cessent en parallèle d’évoquer l’état «désastreux» des droits de l’homme en Algérie pour «imposer» une intervention en faveur de leur poulain. Certains iront même comme Pascal Bruckner, «dernier pitre en date», qualifie l’APS, à appeler ouvertement, sur Figaro TV, à «kidnapper des diplomates algériens» et a osé qualifier tout un peuple de «décervelé». «En réalité, les chiens de garde de l’extrême-droite et leurs relais Bolloré ne veulent pas défendre Sansal qui n’est qu’un prétexte, ils veulent surtout rallumer une guerre mémorielle, flatter l’électorat nostalgique et fournir un dérivatif commode aux crises bien réelles: fracture sociale, violences policières, intégration en panne. L’ennemi algérien, hier fellaga, aujourd’hui «dictature», reste leur chiffon rouge favori, tranche l’APS.
Il est évident effectivement que Boualem Sansal n’est ici «utilisé» que comme un énième prétexte pour attenter à la souveraineté nationale. En refusant d’écouter les jappements de la classe politique française sachant qu’il s’agit d’une affaire interne, l’UE a porté l’estocade à ces nostalgiques de l’Algérie française.
A.I.