Du 7 au 11 juillet 2025, le Palexpo de Genève deviendra l’épicentre de la gouvernance numérique mondiale.
Synthèse Samir MÉHALLA
Co-organisé par l’Union internationale des télécommunications (UIT) et la Confédération suisse, le SMSI+20 High-Level Event réunira ministres, régulateurs, chefs d’agences onusiennes et acteurs de la société civile de plus de 150 pays. Objectif : dessiner les contours d’une société numérique inclusive pour les deux décennies.
Un rendez-vous historique aux enjeux multiples
Cet événement marque le 20ᵉ anniversaire du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), lancé en 2003 à Genève et poursuivi à Tunis en 2005. Son héritage ? Un cadre pionnier pour la coopération numérique mondiale, axé sur l’inclusion, les droits humains et le développement durable.
Trois défis majeurs
- La fracture numérique : 2,6 milliards de personnes restent hors ligne, notamment dans les régions reculées.
- La gouvernance de l’IA : Équilibre entre innovation et garde-fous éthiques.
- La durabilité environnementale : Réduction de l’empreinte carbone du numérique et promotion des «technologies vertes».
Les conclusions serviront de base à la révision finale de l’Assemblée générale des Nations Unies en décembre 2025 à New York, qui statuera sur l’avenir des mécanismes issus du SMSI, dont le Forum sur la gouvernance de l’Internet (IGF), dont le mandat expire cette année.
L’événement fusionne avec le Sommet mondial AI for Good 2025, créant une plateforme inédite croisant des réflexions sur le développement numérique et l’intelligence artificielle.
Séances stratégiques :
– 7 juillet : Cérémonie des Prix SMSI 2025 – Récompensant 18 projets mondiaux (sur 1 000 candidats) pour leur impact sur les Objectifs de développement durable (ODD). Parmi eux, des solutions d’e-gouvernance ou de santé numérique pour les personnes âgées.
– 9 juillet : Dialogue sur la résilience des câbles sous-marins – Essentiels pour 99% du trafic internet mondial, leur vulnérabilité exige des normes internationales renforcées.
– 11 juillet : Table ronde spatiale – Comment l’exploitation durable de l’orbite terrestre peut accélérer les ODD.
Quel avenir pour le cadre du SMSI ?
Le SMSI+20 intervient dans un paysage numérique transformé par trois ruptures :
– L’émergence de l’IA générative,
– La fragmentation géopolitique des normes tech,
– Le Pacte numérique mondial (GDC) adopté en 2024, qui appelle à s’appuyer sur le processus SMSI pour sa mise en œuvre.
Pour Doreen Bogdan-Martin, Secrétaire générale de l’UIT : «Le SMSI unit le monde autour d’une vision : une société numérique au service de tous. Ce sommet doit renforcer ce cadre multipartite pour les décennies à venir».
La question centrale portera sur l’évolution des «Lignes d’action» du SMSI, élaborées en 2003. Des mises à jour sont envisagées pour :
– Intégrer les infrastructures de données (Cloud) dans la lutte contre la fracture,
– Renforcer la cybersécurité face aux nouvelles menaces,
– Inclure les biens publics numériques dans les applications TIC.
Convergences et défis institutionnels
Un enjeu sous-estimé réside dans l’articulation entre le SMSI et le Pacte numérique mondial (GDC). Le SMSI+20 devra être clarifié :
– Le rôle futur de l’IGF dans le suivi du GDC,
– La prévention des doublons avec le nouveau Bureau des technologies numériques émergentes (ODET) de l’ONU.
Calendrier post-Genève :
– Septembre 2025 : Négociations intergouvernementales sur le document final de l’AGNU.
– 16-17 décembre 2025 : Sommet de l’AGNU à New York pour l’adoptant.
Un tournant pour la justice numérique
Le SMSI+20 n’est pas qu’un forum technique. C’est une occasion historique de réaffirmer des principes menacés : la neutralité du net, la protection des données et un accès équitable au progrès technologique. Dans un monde où le numérique creuse les inégalités, Genève doit poser les bases d’un «SMSI Plus» : un cadre de gouvernance agile, financé et réellement inclusif.
S.M.