Comme si un deal tacite avait été conclu entre les plus hautes autorités des deux pays. On laisse de côté pour l’instant les divergences politiques mais en revanche on accélère le processus économique qui reprend ses droits. Des rencontres ont eu lieu entre des sociétés françaises et algériennes mi-juin à Alger.
Certains observateurs y voient les prémices d’un réchauffement des relations politiques entre les deux pays, au point mort depuis mi-avril. Ce ne sont pour le moment que des signaux discrets et des initiatives ponctuelles, mais ils convergent dans la même direction, celle d’une reprise du dialogue économique entre la France et l’Algérie. Les observateurs optimistes de la relation bilatérale veulent même y voir les prémices d’une sortie de la crise politique après plusieurs semaines de tensions. Ce climat pesant n’a pourtant pas empêché la tenue, les 17 et 18 juin à Alger, de rencontres entre une vingtaine de sociétés françaises et 154 entreprises algériennes-dont plus de 40 appartiennent au secteur public. Ces «Journées de l’industrie», organisées sous l’égide de la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française (CCIAF), se sont déroulées au centre international de conférences, qui dépend de la présidence.
Des dommages collatéraux
L’événement s’est fait avec l’aval des autorités, qui ont préalablement accordé les visas nécessaires aux représentants de machines industrielles et aux équipementiers français invités. Les deux pays ne peuvent en effet se passer d’une coopération qui infligerait aux deux parties des pertes énormes. Si l’Algérie applique les mesures plus restrictives aux investissements français et limite, voire interdit, l’importation de produits français, cela risquerait de pénaliser plusieurs milliers d’entreprises françaises présentes en Algérie ou qui exportent vers le pays. Alger n’aura pas de difficulté à trouver des alternatives à l’approvisionnement en produits français. Des pays comme la Russie, l’Italie, l’Espagne, la Chine et la Turquie en seraient les premiers bénéficiaires. «Si l’Algérie ne travaille pas avec la France, elle travaillera avec d’autres pays. Les Italiens, les Allemands ou d’autres partenaires européens sont déjà très actifs sur ce marché», avertit d’ailleurs Michel Bissac, président de la CCIF-Algérie. La perte de parts de marché pourrait être rapide et difficilement récupérable. En revanche, une telle mesure risquerait d’entraîner des dommages collatéraux. Alors que l’Algérie est le deuxième débouché des exportations françaises en Afrique, avec près de 4,8 milliards d’euros en 2024 et plus de 6.000 entreprises françaises engagées dans des échanges avec ce pays clé du Maghreb. La coopération économique s’est structurée autour de plusieurs domaines clés : énergie, sécurité et agroalimentaire.
Le retour des géants français
La présence en France d’une proportion importante d’Algériens, de Franco-Algériens et de leurs conjoints crée une relation intime entre les deux pays et participe à la fluidité des échanges culturels et de biens entre les deux rives de la Méditerranée. Depuis quelques jours, des contrats sont signés avec des entreprises françaises, notamment dans l’énergie. TotalEnergies revient en force récemment lors du premier appel d’offres pétrolier depuis dix ans. Les contrats seront signés d’ici fin juillet. Deux autres entreprises françaises, Vallourec et Viridien, ont décroché au mois d’avril des contrats avec Sonatrach. L’Algérie reste un partenaire important de la France avec un échange commercial qui s’élève à près de 12 milliards de dollars en 2023. L’Algérie fournit du gaz naturel à la France (8 % des importations françaises) et les deux pays coopèrent pour assurer la stabilité et la sécurité de l’approvisionnement énergétique.
Mahmoud Tadjer