Alors que le gouvernement américain est, officiellement et brutalement, entré en guerre contre l’Iran, les objectifs de l’attaque et ses conséquences politiques restent difficiles à cerner. Une chose est néanmoins certaine : le «pari visant à provoquer un changement de régime» a très peu de chances d’aboutir.
Le Dr Hakim Bougherara, politologue et professeur universitaire, analyse pour les lecteurs de Crésus les conséquences de cette escalade qui peut au contraire, selon lui, inciter l’Iran «à sortir du Traité de Non-prolifération» des armes nucléaires (TNP). S’il estime qu’il est encore tôt de dire si l’attaque américaine, visant trois sites nucléaires importants, devait être limitée à ouvrir la voix à «des négociations forcées», ou au contraire la considérer comme le début d’une guerre longue, voire même d’une attaque au sol, notre interlocuteur est convaincu que les Iraniens sont plus que jamais unis, en dépit de leurs divergences, face à une guerre qui cible leur pays. Pour lui, l’idée que les autorités iraniennes «renoncent aux droits légitimes du pays sous la contrainte», ou que «le peuple iranien se retourne contre son gouvernement», relève quasiment d’une «illusion». Un pari américain, qui a très peu de chances d’aboutir.
Ainsi, l’Iran reste stable sur le plan politique malgré toutes les attaques conventionnelles et non conventionnelles. «L’Iran est une grande civilisation. «Même si le pays a des problèmes, il dispose d’une opposition très critique», souligne-t-il, «le peuple reste solidaire avec les autorités». Les Iraniens savent, ajoure-t-il encore, que «cette crise est imposée de l’extérieur». Le caractère sacré de l’unité nationale iranienne est déjà prouvée, souligne le Dr Bougherara, par «les déclarations de figures de l’opposition». En outre, bien que les bombardements soient visiblement importants, le résultat réel de ces frappes demeure pour lui encore inconnu. «Pour le moment, nous n’avons que des déclarations de part et d’autre», dit-il, mais «il est clair que les Iraniens avaient pris des mesures (…)». Des mesures qui consistent vraisemblablement pour lui à «sécuriser les matériels sensibles et le combustible nucléaire». D’ailleurs, précise Bougherara, «il n’y a aucun signe de radiation».
Ainsi le scénario d’une guerre longue apparaît aujourd’hui plausible. Et l’une des conséquences à plus long terme de ces frappes, serait aussi que l’Iran se dote réellement de l’arme nucléaire pour protéger son territoire. En ce sens, l’expert, tout en rappelant que l’Iran est signataire du Traité de non-prolifération, et qu’aucune preuve réelle de l’existence d’un programme militaire n’a été avancée par les Etats-Unis, n’exclut pas un changement de posture du gouvernement iranien. «Comme tous les pays, l’Iran conserve le droit de maîtriser et d’user de l’énergie nucléaire», dit-il rappelant que les Iraniens ont signé et ratifié les accords de non-prolifération (TNP).
«Mais dans les faits, ce traité et toutes les inspections (de l’AIEA) sur le terrain n’a pas mis l’Iran à l’abri d’une agression», relève-t-il. Par conséquent, ajoute le Dr Hakim Bougherara, «il est plus que jamais clair que les conventions internationales ne garantissent rien», avant de trancher : «Il serait donc légitime que l’Iran dénonce le traité. Les autorités politiques iraniennes pourraient tout à fait décider d’aller vers la fabrication de l’arme nucléaire pour se protéger».
Nadir K.