En Algérie, les discours de haine représentent un véritable défi pour la cohésion sociale et la stabilité politique.
Leur propagation, alimentée par la viralité des réseaux sociaux, a poussé les autorités à multiplier les initiatives pour freiner ce phénomène inquiétant. Si des avancées ont été enregistrées sur le plan législatif et opérationnel, le combat est loin d’être terminé. Pour de nombreux spécialistes, la réponse passe par un triptyque incontournable : sensibiliser, prévenir et sanctionner. Objectif affiché : construire une société plus tolérante, où le respect de l’autre redevient une norme partagée.
L’avocate et chercheuse en droit de l’Histoire, Fatma Zohra Benbraham, que Crésus a contactée, rappelle que «l’Algérie, pays des droits de l’Homme avec pour religion l’islam, ne peut tolérer que le discours de haine soit amplifié ou passé sous silence».
Interrogée sur l’approche algérienne en la matière, elle affirme sans détour que «pour lutter efficacement contre les discours de haine, l’Algérie a développé une stratégie globale qui prend en compte les différents aspects de ce phénomène». Cette stratégie repose, selon elle, sur trois piliers : la prévention, la répression et la sensibilisation.
S’agissant de la diffusion des discours haineux en ligne, Benbraham souligne «la nécessité de collaborer avec les plateformes numériques pour freiner la propagation de ce phénomène sociétal».
Elle insiste également sur le rôle déterminant des médias dans ce combat : «Les médias peuvent contribuer à prévenir la diffusion des discours haineux et à promouvoir la tolérance et le respect de la diversité. Ils peuvent aussi sensibiliser le public aux risques liés à ces discours en éduquant les citoyens à la tolérance et en diffusant des messages de paix et de coexistence.»
L’avocate cite à ce propos l’Autorité nationale indépendante de régulation de l’Audiovisuel (ANIRA), anciennement ARAV, qui «joue un rôle important dans la régulation des médias et la prévention des discours de haine. Elle veille au respect des règles déontologiques et des normes éthiques pour garantir une information objective et responsable».
Au-delà du champ médiatique, l’école est également impliquée. Selon Benbraham, «le ministère de l’Éducation nationale a lancé des programmes visant à sensibiliser les jeunes à l’importance du dialogue et du respect de la diversité». Elle précise que les programmes scolaires mettent l’accent sur les valeurs de tolérance, de respect et de citoyenneté, encourageant les élèves à développer un esprit critique et à rejeter les discours haineux.
Pour l’avocate, «la lutte contre les discours de haine est un défi multidimensionnel qui nécessite une approche cohérente et collective». Elle appelle à une mobilisation conjointe des autorités, des médias, de la société civile et des citoyens, tout en insistant sur l’importance du dialogue interreligieux et interculturel pour faire barrage à la haine.
Sur le plan juridique, elle rappelle que l’Algérie a renforcé son arsenal répressif. La loi n° 20-05 du 28 avril 2020 définit clairement le discours de haine et prévoit la création d’un observatoire national chargé de prévenir ce type de dérives. Ce texte vise à protéger les citoyens contre les propos incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination.
À l’échelle internationale, l’Assemblée générale des Nations unies a, en juillet 2021, exprimé son inquiétude face à «la propagation exponentielle des discours de haine» dans le monde. Elle a adopté une résolution sur la «promotion du dialogue interreligieux et interculturel et de la tolérance», instituant le 18 juin comme Journée internationale de la lutte contre les discours de haine, célébrée pour la première fois en 2022. Cette résolution exhorte tous les acteurs à redoubler d’efforts pour combattre ce phénomène dans le respect du droit international des droits de l’Homme.
Ferhat Zafane