L’objectif pour CMA CGM est de faire de l’Algérie un point de transit et de redistribution maritime vers l’Afrique subsaharienne.
Le ministre des Transports, Saïd Sayoud, a reçu, mardi, la vice-présidente du groupe maritime CMA CGM en charge des opérations et des actifs, Mme Christine Cabau Woehrel. Selon un communiqué du ministère, la réunion a porté sur «certains dossiers en relation avec le transport maritime de marchandises et de voyageurs». Si rien n’a filtré pour l’instant sur cette rencontre, la vice-présidente de CMA CGM est venue discuter des futurs investissements que son groupe compte réaliser en Algérie. En plus de nombreuses tâches dans la société, la directrice du port de Marseille, est aussi chargée de la gestion des actifs financiers et peut être impliquée dans la gestion des investissements et des portefeuilles. Et c’est donc tout naturellement que CMA CGM envisage des investissements de plusieurs milliards d’euros dans les infrastructures portuaires algériennes. Il s’agirait notamment de la modernisation et de l’équipement de terminaux à conteneurs (notamment à Djen Djen, Skikda ou Oran), d’une implication directe dans la gestion logistique portuaire.
Objectif pour CMA CGM : faire de l’Algérie un point de transit et de redistribution maritime vers l’Afrique subsaharienne. Des retombées estimées à plus de 2.000 emplois directs et peut être une participation à la réalisation du futur port en eaux profondes de Dellys ou Cap Djinet. L’armateur de porte-conteneurs qui a repris les actifs de Bolloré Logistics en Afrique, devait annoncer un ambitieux plan d’investissements en Algérie, préparé en coulisses depuis un an. L’ambition de l’armateur de porte-conteneurs français est de devenir l’acteur privé majeur du fret maritime en Algérie. Le groupe maritime français y est le principal armateur pour desservir le marché algérien, avec des escales quotidiennes de ses porte-conteneurs connectés aux hubs de Malte, Algésiras, Valence et Marseille dans les neuf ports de commerce algériens. La réunion avec le ministre des Transports s’inscrit dans le prolongement direct des échanges de haut niveau tenus le 2 juin dernier, lors de l’audience accordée par le président Tebboune à Rodolphe Saadé au palais d’El Mouradia.
Si l’ensemble des axes de coopération a été abordé, la rencontre n’a débouché sur aucune signature formelle. Selon une source interne à CMA CGM citée par le quotidien français L’Opinion en début de mois, les négociations restent en cours et pourraient aboutir d’ici la rentrée de septembre. Michel Bissac, président de la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française (CCIAF) a confirmé l’intérêt exprimé par CMA CGM pour la gestion du port d’Oran, une information également relayée par L’Opinion dans son édition du 4 juin. Le quotidien français évoque même la possibilité pour le groupe de prendre en charge l’exploitation complète d’un terminal stratégique, mais, à ce stade, aucune confirmation officielle n’a été apportée. Outre sa volonté de gérer un port stratégique, CMA CGM s’intéresserait également à la décongestion de certains terminaux, notamment ceux d’Alger et d’Oran, où les délais d’attente peuvent atteindre entre sept et dix jours. Ces projets s’inscrivent dans une dynamique plus large, impulsée par les autorités, visant à renforcer les capacités des infrastructures existantes, expliquait déjà la source citée par L’Opinion, rappelant que la plupart des ports algériens présentent actuellement un tirant d’eau inférieur à 12 mètres. Des opérations de dragage sont en cours afin d’atteindre une profondeur de 17 mètres, seuil considéré comme nécessaire pour accueillir des navires de plus grande capacité. Reste que, pour l’heure, aucun calendrier n’a été communiqué, aucun protocole n’a été signé. Les projets évoqués relèvent encore du registre des intentions. Lors de son passage à Alger, Rodolphe Saadé a cependant promis de «continuer à se développer en Algérie» après trente-sept ans de présence, sans livrer de détails sur les contours ou les échéances des investissements envisagés. L’ampleur de l’engagement du groupe en Algérie reste donc à préciser.
L’assouplissement du code de l’investissement en Algérie facilite désormais l’entrée de grands groupes étrangers. Ce climat incitatif attire des acteurs comme CMA CGM, à la recherche de relais de croissance en Méditerranée, notamment dans un contexte concurrentiel où Tanger Med (Maroc) et Port-Saïd (Égypte) dominent la région.
Mahmoud Tadjer