La Caravane maghrébine Soumoud pour Ghaza, symbole d’une solidarité régionale en marche, se heurte aujourd’hui à un mur politique et sécuritaire en Libye. Partie de Tunisie le 9 juin, cette initiative citoyenne rassemblant plus de 1 500 militants venus de tout le Maghreb (Algérie, Tunisie, Maroc, Mauritanie, Libye) visait à atteindre Rafah, à la frontière entre l’Égypte et Ghaza, pour briser symboliquement le blocus imposé à la population palestinienne.
Mais à Syrte, à 450 km à l’est de Tripoli, la route s’est brusquement arrêtée. Vendredi dernier, la caravane a été bloquée à l’entrée de Syrte, territoire sous le contrôle des autorités de l’Est libyen. Ces derniers ont refusé l’accès au poste-frontière de Masaad, empêchant ainsi les militants de poursuivre leur route vers l’Égypte par Salloum. Pis encore, les forces de sécurité locales ont procédé à l’arrestation de 15 participants, dont 3 Algériens, 2 Tunisiens et 10 Libyens. Privés d’eau, de nourriture, de médicaments et de moyens de communication, les participants dénoncent un «blocus dans le blocus». Trois blogueurs algériens et tunisiens, parmi les détenus, documentaient depuis le départ les étapes de la caravane. Face à cette impasse, les organisateurs ont décidé dimanche de faire demi-tour vers Misrata, à 200 km de Tripoli, tout en posant une condition claire: ils ne quitteront pas la Libye tant que les militants arrêtés ne seront pas libérés.
Une détermination intacte
Le porte-parole de la caravane, Ghassan Al-Henshiri, a affirmé hier que des moyens de transport sécurisés sont mis en place pour ceux qui souhaitent rentrer en Tunisie, mais que l’objectif politique reste inchangé : «Nous ne quitterons pas la Libye tant que nos détenus ne seront pas tous libérés.»
Un autre porte-parole, Marouane Ben Guettaia, a insisté sur le caractère pacifique et solidaire de l’initiative : «Le message de la caravane est clair : fraternité, solidarité, paix et humanité», précisant que «toutes les tentatives de perturbation échoueront. Nous n’avons aucun ennemi en Libye. Ni à l’Est, ni à l’Ouest.»
Il précise également que des négociations sont en cours avec les autorités libyennes pour obtenir la libération des détenus, dont certains auraient déjà été relâchés. Mais l’intransigeance des organisateurs reste de mise : «Nous ne bougerons pas tant que tous les détenus ne seront pas libres».
Dans une déclaration solennelle, Merouane Ben Guettaia s’est adressé directement au peuple libyen. «Nous n’avons jamais douté que vous étiez prêts à nous recevoir avec hospitalité et bienveillance», dira le porte-parole algérien, ajoutant que «le peuple libyen, dans son ensemble, a soutenu cette caravane. Nous rejetons toute tentative de division». Ils rappellent que seuls les porte-paroles officiels s’expriment au nom de la caravane et dénoncent les campagnes de désinformation qui circulent sur les réseaux sociaux ou dans certains médias. La Caravane Soumoud (Résistance) n’a jamais caché son objectif : attirer l’attention sur le sort dramatique de la population de Ghaza, soumise à un blocus et à des bombardements constants. Pour les organisateurs, leur engagement dépasse les frontières :
«Les peuples algérien, tunisien, libyen, mauritanien, marocain, ainsi que tous les libres du monde, affirment d’une seule voix : «Nous sommes avec vous, peuple de Ghaza». Alors que le contexte politique libyen reste marqué par des divisions internes, la caravane, elle, continue de porter un message transnational : l’unité des peuples arabes et maghrébins au service de la cause palestinienne.
Mais le blocage imposé à Syrte pose une question cruciale : dans quelle mesure la solidarité peut-elle encore circuler librement dans un monde fragmenté par les intérêts personnels et les lignes de fracture géopolitiques ?
Islam K.