La caravane Soumoud, un mouvement citoyen trans-maghrébin en soutien à la population ghazaouie, est toujours bloquée dans la ville libyenne de Syrte depuis jeudi dernier dans des conditions drastiques frôlant la famine. Comme faux fuyant, les autorités libyennes et égyptiennes invoquent des raisons de sécurité pour justifier ce blocage.
En effet, si l’Égypte, qui contrôle la frontière de Rafah, refuse de laisser passer la caravane, perçue comme militante, craignant des tensions internes et diplomatiques, les autorités de l’Est libyen, dirigées par Khalifa Haftar quant à elles, ont demandé à la caravane de patienter à Syrte, invoquant la nécessité d’attendre des instructions émanant des autorités de Benghazi. Entre-temps, les membres du collectif du Comité de coordination d’action conjointe pour la Palestine n’ont eu de cesse, via la plateforme consacrée aux médias, de faire part de difficultés persistantes, notamment des perturbations de la communication et des interférences sur internet pour mieux isoler la caravane du reste du monde. Les forces de sécurité de l’Est libyen sont allées jusqu’à encercler le camp en imposant des restrictions drastiques aux déplacements depuis et vers celui-ci en empêchant l’acheminement de l’aide et de la logistique, et en interdisant à certains membres de regagner le camp après en être sortis.
Des négociations sont actuellement en cours avec les autorités libyennes pour permettre au moins à la caravane de poursuivre son itinéraire vers le passage de Rafah, en Egypte, région frontalière avec la bande de Ghaza. Porteurs d’un message de solidarité envers les Ghazaouis et d’une aide humanitaire destinée à la population de l’enclave, les participants à cette caravane ne comptent pas faire demi-tour en affrontant dans la dignité les dures épreuves de cette halte aussi inattendue que sujette à des questionnements quant à l’importance de respecter les droits humains et de protéger les civils dans les zones de conflit. Il est à souligner, dans le même contexte, que les autorités égyptiennes ne se sont pas contentées de faire pression sur Khalifa Haftar pour bloquer la caravane maghrébine Soumoud, mais ont également expulsé, selon des sources crédibles, une centaine (dont trois avocats militants algériens), de militants européens à l’arrivée à l’aéroport international du Caire.
Ces derniers voulaient rejoindre le nord du Sinaï. Et pour tenter de justifier cette attitude, les autorités égyptiennes, dans un communiqué publié par le ministère des Affaires étrangères, affirme que «l’Égypte a le droit de prendre toutes les mesures nécessaires pour préserver sa sécurité nationale, y compris la réglementation de l’entrée et de la circulation des personnes sur son territoire, en particulier dans les zones frontalières sensibles».
Ferhat Zafane