Le gouvernement a décidé de changer de cap en décidant plutôt de régulariser ce commerce du cabas.
Le commerce du cabas désigne, dans le langage courant algérien, une forme d’importation et de vente au détail informelle, souvent réalisée par des individus sans statut commercial officiel. Longtemps interdit par la loi mais toléré souvent sur le terrain, le commerce du cabas connaît un grand succès. Un succès qui s’explique par la difficulté, en Algérie, de se procurer des biens venus de l’étranger.
Ainsi, de nombreux commerçants font appel à ces importateurs au cabas pour s’approvisionner en produits interdits d’importation d’une façon légale. Téléphones mobiles, produits cosmétiques, vêtements de luxe, chocolats et même les pièces de rechange pour voitures. Historiquement, le commerce du cabas a été le produit de politiques publiques instables et contradictoires. Il est né du déséquilibre entre l’offre locale et la demande réelle. Là où les circuits classiques échouent, le cabas comble les vides. Produits introuvables, prix plus abordables, diversité des références. Ce commerce a vu le jour dans les années 1980/1990, profitant d’une situation économique où l’Algérie était en transition vers un système d’économie de marché. Il était souvent lié à la recherche de revenus par des personnes, notamment les jeunes, qui sont confrontées à un manque d’opportunités d’emploi dans l’économie formelle.
Par ailleurs, ce commerce a su répondre à la demande d’une clientèle aisée, issue de la classe moyenne qui exprimait un nouveau besoin en biens de consommation non disponibles sur le marché. Les produits étaient importés en petites quantités, en contournant les réglementations douanières. Les produits étaient vendus dans des magasins ou par le biais de réseaux informels. Pour les autorités de l’époque il était tolérable puisqu’il était considéré comme un facteur de stabilité sociale, malgré les pertes de recettes fiscales. La prospérité de ce commerce en a fait, avec le temps, un filon pour certains qui ont monté des réseaux et employant des jeunes comme passeurs, parfois des voyageurs lambda, engrangeant des plus-values conséquentes en élargissant la palette des produits importés. C’est ainsi que des réseaux sophistiqués ont vu le jour dans le commerce du cabas de la pièce détachée et de médicaments.
Reculer pour mieux sauter
Ce commerce a ensuite connu un essoufflement avec la mise en place d’importations par conteneurs. Cette libéralisation a conduit à une augmentation significative des importations, notamment en raison de la diversification des biens et services importés, portant ainsi un coup au commerce du cabas mais sans arriver à l’anéantir. Ce commerce a gardé quelques niches notamment certains produits tels les vêtements de luxe ainsi que les médicaments en rupture en Algérie. Cette léthargie n’a toutefois pas duré. Puisque le commerce du cabas a fait un retour en force à partir de 2019 en raison, justement, des restrictions sur les importations. A titre d’exemple, environ 30 % des produits de téléphonie mobile disponibles sur le marché algérien étaient entrés sur le territoire de cette manière. C’est le même cas également pour certains produits cosmétiques qui sont importés uniquement via le circuit informel du commerce du cabas.
Pour mettre de l’ordre, les pouvoirs publics ont, dans un premier temps, déclaré la guerre à ce commerce du cabas pour le bannir en multipliant les opérations de saisis. Mais après, une année de répression intense, le gouvernement a décidé de changer de cap en décidant plutôt de régulariser ce commerce du cabas.
Saïd S.
