Dans un contexte de transformations économiques et financières à l’échelle mondiale, les banques islamiques entendent jouer un rôle moteur dans le développement durable et l’inclusion financière.
À l’occasion de sa participation aux Assemblées annuelles de la Banque islamique de développement (BID), Nasser Hideur, directeur général d’Al Salam banque, revient à Crésus sur les perspectives de coopération entre les pays membres, les opportunités qu’offre l’économie islamique et la stratégie ambitieuse de sa banque. Dans cet entretien, il détaille les axes majeurs d’action : soutien à l’économie nationale, financement vert, valorisation des biens wakfs, développement de produits adaptés aux besoins des ménages et inclusion des populations marginalisées. Une vision à la fois solidaire, moderne et tournée vers l’avenir.
Crésus : D’abord, parlez-nous de votre participation aux Assemblées annuelles de la Banque islamique de développement (BID) ?
Nasser Hideur : C’est un événement international très important qui réunit les ministres des finances des pays membres de la BID. C’est une occasion pour ces hauts responsables économiques d’échanger des idées sur les moyens de renforcer, de conforter et de consolider les relations économiques et financières entre les pays musulmans. Malheureusement, le niveau des échanges commerciaux et du mouvement des capitaux entre ces pays reste faible, surtout si l’on considère les liens historiques, culturels et religieux qui les unissent.
«Les wakfs monétaires représentent un véritable gisement financier. Ils permettent aux citoyens, selon leurs capacités, de participer au lancement de sociétés à la fois commerciale et à vocation caritative via l’acquisition d’actions wakfs».
C’est aussi une opportunité pour l’Algérie de jouer un rôle de catalyseur, en raison de son poids, de sa notoriété et de ses bonnes relations avec l’ensemble des pays membres. Elle peut ainsi contribuer à renforcer ces relations et à bénéficier des opportunités offertes par cet espace de coopération.
La Banque islamique de développement peut également soutenir l’élan de développement national, notamment en accompagnant les entreprises algériennes privées. Sa filiale dédiée au secteur privé peut aider à améliorer la gouvernance de ces entreprises, renforcer leur capacité managériale et leur aptitude à exporter, en particulier dans le cadre des exportations hors hydrocarbures.
C’est aussi un espace d’échange d’expériences. Nous pouvons tirer profit des «success stories» en matière de gestion des biens wakfs. En Algérie, de nombreux biens wakfs sont inexploités. Nous avons exploré dans quelle mesure les établissements bancaires peuvent contribuer à leur valorisation. Ces actifs, une fois mis en exploitation, pourraient générer des revenus au profit des populations défavorisées.
On peut envisager la réalisation d’hôtels, de centres commerciaux ou de promotions immobilières selon la formule du Build, Operate and Transfer (BOT). Cela permettrait aux banques de financer ce type de projets.
Par ailleurs, les wakfs monétaires représentent un véritable gisement financier. Ils permettent aux citoyens, selon leurs capacités, de participer au lancement de sociétés à la fois commerciale et à vocation caritative via l’acquisition d’actions wakfs. Cette formule pourrait aller d’une ou deux actions à un million d’actions par individu. Cela créerait un véritable marché d’investissement solidaire, à fort impact économique, contribuant à la création de richesses et d’emplois. Ce sont là des expériences dont nous avons besoin pour développer ce secteur.
Quelle est la stratégie d’Al Salam Banque pour l’avenir ?
En tant que banque, nous adoptons une stratégie très agressive, ambitieuse et audacieuse. Notre objectif est de développer constamment de nouveaux produits, en étant à l’écoute du marché et des besoins des opérateurs économiques — qu’ils soient consommateurs, producteurs ou commerçants. Nous proposons plusieurs formules d’épargne destinées à capter une partie des ressources financières qui évoluent à la périphérie du système bancaire. Nous comptons y parvenir grâce à des solutions innovantes, inclusives et stimulantes, offrant toujours des avantages pour encourager les citoyens à transformer leur épargne domestique, para-bancaire en épargne bancaire.
«Nous adoptons une stratégie très agressive, ambitieuse et audacieuse. Notre objectif est de développer constamment de nouveaux produits, en étant à l’écoute du marché et des besoins des opérateurs économiques».
Nous avons également conçu des formules de financement adaptées aux différents besoins : ceux des entreprises, des investisseurs, ou encore des ménages, qu’il s’agisse de biens d’équipement, d’acquisition, de construction ou d’aménagement de logements. Nous finançons aussi la location à travers la sous-location, pour aider ceux qui n’ont pas accès au crédit immobilier à supporter le coût élevé des loyers, souvent exigés pour six mois à une année d’avance. L’idée est de permettre à ces ménages de louer dans des conditions plus souples, en fractionnant les paiements selon leurs capacités de remboursement.
Comment Al Salam Banque contribuera-t-elle au financement de l’économie verte et des projets durables ?
Nous avons lancé un premier produit, le livret vert, destiné au financement des projets respectueux de l’environnement. C’est une formule proposée aux épargnants sensibles à ces questions, qui peuvent y placer leur épargne. Ces fonds sont exclusivement utilisés pour financer des projets qui répondent aux critères environnementaux.
Nous appliquons également des tarifs et des conditions préférentielles aux entreprises certifiées ISO, notamment la norme ISO 24000, qui concerne le respect de l’environnement et la responsabilité sociétale. L’objectif est d’encourager les entreprises à intégrer ces normes dans leur fonctionnement. Ainsi, celles qui disposent de ce type de certification bénéficient de conditions plus avantageuses que celles qui n’en ont pas. Voilà comment nous essayons d’être une banque citoyenne.
Quelle politique menez-vous pour favoriser l’inclusion financière ?
Pour l’inclusion financière, nous avons développé un produit de finance islamique que nous avons appelé «Hirfati». Vous avez peut-être vu dans le hall une exposition de microentrepreneurs, notamment des femmes exerçant une activité artisanale à domicile. Ce sont des activités qui se déroulent habituellement en dehors du système bancaire. Nous avons tenté de les capter à travers ce produit de microfinance, qui repose sur trois composantes : la microépargne islamique, pour encourager ces petits entrepreneurs à épargner via des comptes bancaires ; le microcrédit, sous forme de Moudharaba et Ijara, afin de financer leurs besoins de fonctionnement ou d’investissement ; et enfin, un produit de micro-assurance (Takaful), destiné à inciter les populations en marge du système bancaire à s’y rallier et à bénéficier de services dont elles sont généralement exclues.
«Nous avons lancé un premier produit, le livret vert, destiné au financement des projets respectueux de l’environnement. C’est une formule proposée aux épargnants sensibles à ces questions, qui peuvent y placer leur épargne».
Cela s’inscrit pleinement dans notre démarche de responsabilité sociétale.
Est-ce que Essalam Banque prévoit une ouverture vers l’international, notamment en Afrique ?
Pour le moment, peut-être que notre société mère, Al Salam Bahreïn, qui est déjà présente dans d’autres pays, envisage cela. Mais en ce qui nous concerne, notre priorité, notre vision stratégique, c’est de consolider notre présence en Algérie. Cela passe non seulement par un réseau d’agences couvrant les principales zones d’activité, mais aussi par le développement de services de banque digitale, qui nous permettent de faire parvenir nos produits et services même aux régions où nous ne sommes pas encore présents.
Entretien réalisé par Assia M.
