L’Algérie a célébré hier le 67e anniversaire de la création du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), proclamé le 19 septembre 1958. Cet événement majeur a contribué à asseoir les principes immuables de la diplomatie algérienne et à porter la voix du peuple algérien sur la scène internationale, tout en conférant une légitimité incontestable à sa lutte armée.
Dès sa création, le GPRA s’est imposé comme représentant légitime du peuple algérien, notamment lors des négociations d’Évian qui aboutirssent à la signature du cessez-le-feu le 19 mars 1962 et, par la suite, à l’indépendance du pays le 5 juillet de la même année. Véritable «acte fondateur», il instaurait un système de direction aux normes étatiques, doté d’une administration, de missions régaliennes, de règles de gestion et d’un budget. Le GPRA disposait de moyens de communication modernes pour l’époque : presse, radio, services diplomatiques et représentations à l’étranger, y compris à l’ONU, ainsi que de services de logistique et de sécurité.
Son action, reconnue à l’international, a élargi la légitimité du combat algérien, renforcé sa représentativité dans les conférences régionales, arabes, africaines et mondiales, et isolé progressivement la France coloniale, notamment à l’ONU. Ses dirigeants ont été reçus dans les plus grandes capitales, neutralisant ainsi les tentatives de diversion et de division, notamment celles liées aux richesses du Sahara. Son mérite fut également d’avoir construit et mené un dossier de négociation selon son propre agenda, avec intelligence et fermeté, afin d’obtenir un résultat conforme à son objectif : la liberté et la souveraineté.
Cependant, le parcours du GPRA n’a pas été exempt d’épreuves. Il a dû affronter les effets dévastateurs d’une guerre menée de manière barbare par l’armée coloniale française contre le peuple algérien, mais aussi des tentatives de déstabilisation internes dues aux dissensions et malentendus, particulièrement vifs à l’approche de la fin de la lutte. Les manœuvres sournoises de certains pays voisins, notamment le Maroc avec ses revendications territoriales, ont également accentué les difficultés.
Du CCE au GPRA
Au déclenchement de la Révolution du 1er Novembre 1954, les neuf chefs historiques n’avaient pas toujours les moyens de coordonner efficacement leurs actions. La tenue du Congrès de la Soummam, le 20 août 1956, permit de créer une direction collégiale, le Comité de coordination et d’exécution (CCE). Mais celui-ci atteignit vite ses limites, faute de moyens suffisants, rendant nécessaire la mise en place d’une direction plus représentative et élargie : le GPRA.
L’Histoire a retenu le rôle visionnaire de Hocine Aït Ahmed. Arrêté lors du détournement de l’avion d’octobre 1956 par l’armée française, en compagnie de Mohamed Khider, Mohamed Boudiaf, Ahmed Ben Bella et Mostefa Lacheraf, il réussit, depuis sa prison de Fresnes, à transmettre des correspondances au CCE. Il y proposait la formation d’un gouvernement provisoire composé de civils et de militaires afin d’éviter les fractures internes et de donner une crédibilité renforcée à la cause algérienne sur la scène internationale. Cette idée, adoptée, permit la proclamation du GPRA, en application des décisions du CNRA lors de sa réunion du Caire (20-27 août 1957).
Si le GPRA fut confronté à des crises internes, notamment après l’assassinat d’Abane Ramdane, concepteur de la Plateforme de la Soummam, et à l’opposition larvée entre civils et militaires, il sut les surmonter. L’initiative d’Aït Ahmed de proposer un partage équilibré du pouvoir entre ces deux pôles fut décisive pour préserver la cohésion du mouvement national et éviter une déconvenue programmée.
Créé en pleine guerre de libération, le GPRA s’imposa en un temps très court comme la voix officielle de l’Algérie en lutte, mais aussi comme vecteur de l’internationalisation et de la mobilisation autour de la cause algérienne contre le colonialisme français. Instrument politique et diplomatique, il fut sans conteste l’un des leviers essentiels de la victoire finale.
M.T
