Le 1er novembre a été l’étincelle ayant acté le début de l’une des révolutions qui a le plus marqué les événements de notre époque.
L’Algérie commémorera, demain, le 72e anniversaire du déclenchement de la glorieuse Révolution du 1er Novembre 1954. Un événement majeur qui a vu le peuple algérien se soulever contre l’oppression coloniale française, dans sa quête de liberté et d’émancipation.
Le 1er Novembre 1954 n’est pas né du néant. Il est le fruit de plusieurs décennies de lutte, notamment politique, amorcée à la fin des années 1920. Plusieurs mouvements ont contribué à forger l’engagement et la lutte du peuple algérien, notamment l’Étoile nord-africaine (ENA), devenue par la suite le Parti du peuple algérien (PPA), puis le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) au début des années 1940.
C’est au sein de ce mouvement, porteur de l’idée d’indépendance depuis sa création, qu’a également émergé celle de la lutte armée. L’arrivée d’une nouvelle génération de militants, issue en grande partie de l’Organisation spéciale (OS), dissoute en 1950, a permis de bousculer les repères d’un mouvement national devenu attentiste et de défier, par l’action révolutionnaire armée, le système colonial français.
Le 25 juillet 1954 s’est tenue, dans une villa du Clos Salembier, Alger, une réunion devenue célèbre sous le nom de «réunion des 22». Celle-ci a acté la décision de lancer un mouvement armé devant conduire à l’indépendance totale du pays, donnant ainsi naissance à l’une des révolutions qui ont le plus marqué l’histoire contemporaine.
L’adhésion de l’ensemble du peuple algérien, toutes catégories confondues, à la cause de la liberté a constitué l’essence même de la victoire de la Révolution, qui demeure à jamais une source de fierté pour les Algériens. Son influence a largement dépassé les frontières nationales, inspirant les mouvements de libération en Afrique, en Asie et en Amérique latine.
Chronologie d’une lutte
Le premier acte de ce soulèvement a eu lieu dans la nuit du 1er Novembre 1954. Près de 70 attentats, perpétrés en une trentaine de points du territoire algérien, ont visé des installations névralgiques, notamment des stations de radio, des centraux téléphoniques et des dépôts de pétrole. Des casernes et des gendarmeries ont également été ciblées afin de récupérer des armes.
Partie d’un groupe restreint de militants, l’insurrection a rapidement pris de l’ampleur. L’été 1955 a marqué un tournant majeur dans le déroulement de la Révolution, avec les offensives du Nord-Constantinois, déclenchées le 20 août. Cette opération visait à briser l’isolement des maquis des Aurès et à élargir la mobilisation populaire en faveur de la lutte armée.
En août 1956 s’est tenu le Congrès de la Soummam, un événement fondateur qui a permis de structurer, d’unifier et de donner une orientation politique à la Révolution algérienne contre le colonialisme français. Ce congrès est toujours considéré comme un tournant majeur de la lutte de libération, dans la mesure où il a apporté des réponses à plusieurs questions jusque-là en suspens, notamment celles relatives à l’organisation politico-militaire, à l’élargissement de l’activité révolutionnaire sur le territoire national et à l’étranger, ainsi qu’à la direction de la Révolution.
La lutte a alors changé d’échelle, devenant plus populaire, mieux coordonnée et dotée d’une organisation politique plus structurée pour faire face à la puissance coloniale.
L’esprit de Novembre
Soixante-douze ans après, la Révolution de Novembre demeure un repère sacré et indiscutable pour le peuple algérien. Les figures de jeunes martyrs, à l’image de Larbi Ben M’hidi et de Hassiba Ben Bouali, continuent de susciter une profonde admiration.
La perception de la Révolution par le peuple, notamment par la jeunesse, reste empreinte de la même ferveur que celle qui prévalait au lendemain de l’indépendance, lorsque les Algériens, meurtris par une guerre atroce, se sont attelés à reconstruire leur pays sur les ruines du colonialisme.
La Révolution du 1er Novembre 1954 a triomphé grâce à l’unité nationale et au dépassement des divergences. La référence à Novembre demeure inaltérable. Chaque commémoration rappelle l’attachement des nouvelles générations à la préservation de cette unité. À voir aujourd’hui des jeunes arborer avec fierté le drapeau national, il n’est pas exagéré d’affirmer que l’esprit de Novembre n’a pas pris une ride.
Malgré les échecs et les espérances déçues, le sentiment national ne s’est nullement émoussé chez les Algériens, jeunes et moins jeunes.
S. Smati
