Le gouvernement espagnol a présenté, le 27 janvier, un projet de décret destiné à régulariser un grand nombre de sans-papiers afin de faciliter leur intégration. L’Espagne s’apprête à lancer une régularisation exceptionnelle qui pourrait concerner plus de 500 000 migrants en situation irrégulière, une mesure inédite depuis près de vingt ans.
Pour de nombreux Algériens, cette mesure dépasse le cadre administratif : beaucoup vivent dans la peur constante d’un contrôle ou d’une expulsion. Pour eux, elle transforme des années de précarité en stabilité légale.
Les Algériens se placent désormais en deuxième position au moment où Madrid prépare une régularisation massive, selon une étude de la fondation Funcas, parue en janvier dernier, qui fait état d’une hausse significative du nombre de sans-papiers en Espagne. Ce constat intervient au moment même où le gouvernement espagnol prépare une régularisation administrative d’une ampleur historique.
Cette évaluation, qui s’appuie sur la méthodologie utilisée par Funcas en mai 2024, confirme une progression constante et massive du nombre de sans-papiers depuis 2017. Les statistiques de 2025 révèlent que les Algériens occupent la deuxième place de ce classement avec près de 18 000 personnes dépourvues de titre de séjour, soit environ 20% de leur population totale sur le territoire. Le nombre total d’Algériens établis légalement s’élève à 75 000 personnes.
Ce choix stratégique du décret permet à l’Exécutif de contourner l’opposition parlementaire de la droite et de l’extrême droite, tout en accélérant une procédure qui était jusque-là bloquée au Congrès. Cette mesure vise à mettre fin à ce que les dirigeants qualifient
d’«esclavage du XXIᵉ siècle» en sortant les travailleurs immigrés de l’exploitation et de l’informel.
Cette décision s’inscrit dans une longue tradition espagnole de régularisations extraordinaires pratiquées depuis 1985, bien que l’ampleur actuelle contraste avec les politiques migratoires plus restrictives adoptées par le reste de l’Europe.
Conditions d’éligibilité
Pour bénéficier de ce dispositif, les candidats doivent prouver leur présence en Espagne depuis au moins cinq mois au 31 décembre 2025, ne pas avoir de casier judiciaire et fournir des preuves de résidence (recensement, factures, documents médicaux). Les demandes pourront être déposées jusqu’au 30 juin 2026, entraînant l’arrêt immédiat de toute procédure d’expulsion et l’octroi d’un permis de séjour provisoire d’un an avant l’accès à un titre ordinaire.
Les arrivées des Algériens sur les côtes espagnoles de juin à décembre 2025 sont estimées à 4 094, dont de nombreuses femmes, mineurs et enfants, a fait savoir le ministère espagnol de l’Intérieur fin décembre.
Le décret royal, dont l’approbation est attendue par le Conseil des ministres, prévoit l’octroi d’un permis de résidence provisoire d’un an, renouvelable selon les conditions habituelles. Les bénéficiaires obtiendront immédiatement une autorisation de travail, l’accès au système de santé public ainsi que l’inscription à la Sécurité sociale. Si la décision est favorable, une autorisation de séjour d’un an sera accordée, à l’issue de laquelle une autorisation ordinaire pourra être demandée conformément à la réglementation sur les étrangers, selon les mêmes sources.
Les procédures d’expulsion administrative en cours seront suspendues pour les personnes éligibles. Ce décret va suspendre toutes les procédures d’expulsion en cours et va permettre aux sans-papiers présents sur le sol espagnol de décrocher un titre de séjour d’un an, renouvelable selon le droit commun.
Les démarches en cours, côté algérien
Nombre d’Algériens ont déjà pris attache avec l’ambassade et les consulats afin de retirer le casier judiciaire, une pièce capitale pour l’obtention de la carte de séjour, le sésame vers la régularisation définitive. D’autres s’attellent d’abord à renouveler leurs passeports pour obtenir leurs casiers judiciaires d’Algérie, puis à les faire traduire en espagnol, nécessaire pour enclencher le processus de régularisation.
Le gouvernement a, quant à lui, assuré qu’il allait mobiliser 400 agents temporaires et mettre en place un portail numérique unique pour la réception des demandes afin d’éviter tout retard dans la procédure.
R.N
