Par R. Malek
Alors que la tragédie palestinienne s’enlise dans une violence structurelle et une impasse diplomatique prolongée, un nouveau tandem inattendu s’avance sur le devant de la scène : la France et l’Arabie saoudite. Sous couvert de pragmatisme diplomatique et de stabilisation régionale, les deux puissances défendent actuellement une solution qu’elles qualifient de «réaliste», mais qui, dans les faits, s’apparente à une capitulation programmée du droit international au profit d’un compromis déséquilibré.
Après l’annonce jeudi dernier du président français, Emmanuel Macron, qu’il reconnaîtra l’État palestinien formellement en septembre, la conférence convoquée par l’Assemblée générale des Nations unies, et coprésidée par Paris et Riyad, espère enclencher une dynamique en la matière.
Une souveraineté sous condition
Dans les coulisses de forums internationaux et de rencontres bilatérales, Paris et Riyad militent pour la reconnaissance d’un État palestinien aux contours flous, dont la souveraineté serait limitée, la démilitarisation garantie et le territoire fragmenté selon les «possibilités» que l’entité sioniste daignerait concéder. Exit le principe de continuité territoriale entre Ghaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est. La «solution» promue ressemble davantage à un archipel d’enclaves sous supervision sécuritaire qu’à un État viable.
Une manœuvre diplomatique ou un enterrement politique ?
Officiellement, l’initiative cherche à éviter l’enlisement, à donner des «perspectives» aux Palestiniens, tout en tenant compte des «réalités» sur le terrain. Mais ces réalités sont celles que l’occupation a imposées par la force : colonisation massive, morcellement territorial, apartheid légal et militaire. En entérinant cet état de fait, cette approche abandonne les fondements du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
La France, héritière autoproclamée des principes des Lumières, semble ici troquer la légalité internationale contre la gestion du statu quo. Quant à l’Arabie saoudite, dont la normalisation avec l’entité sioniste reste en toile de fond, elle cherche sans doute à s’assurer une place centrale dans le nouvel échiquier régional, quitte à sacrifier une partie de la cause palestinienne.
Un Etat sans défense, sans Jérusalem, sans continuité ?
Ce projet de souveraineté tronquée, où l’État palestinien serait désarmé, surveillé, limité dans ses mouvements et amputé de sa capitale historique Jérusalem-Est, revient à valider le récit sécuritaire de l’entité sioniste, tout en marginalisant les aspirations palestiniennes. À terme, il risque de produire une entité politique sans moyens réels de gouvernance, dépendante économiquement, soumise militairement et encerclée géographiquement.
L’impasse de la paix sans justice
En présentant cette solution comme «raisonnable», la diplomatie franco-saoudienne prend le risque de délégitimer davantage l’Autorité palestinienne, d’encourager la radicalisation et de désespérer une génération entière. Car une paix durable ne peut être fondée sur la frustration, l’humiliation et l’effacement.
Il est encore temps de revenir à l’essentiel : le droit inaliénable des Palestiniens à un État libre, souverain, et viable, avec Jérusalem-Est comme capitale, sur la base des frontières de 1967, et le droit au retour pour les réfugiés. Tout autre projet, même enveloppé de diplomatie, n’est qu’une gestion coloniale camouflée, et non une solution durable.
