Le secteur agricole souffre d’un manque flagrant d’informations fiables
Le développement de l’agriculture en Algérie est l’une des priorités majeures des pouvoirs publics, avec pour objectifs principaux d’atteindre la sécurité alimentaire, de diversifier l’économie au-delà des hydrocarbures et de créer des opportunités d’emplois pour nos jeunes. Les politiques publiques tracées par l’État depuis l’indépendance dans le domaine agricole se sont révélées efficaces. Malgré toutes les politiques de soutien, il n’y a pas eu d’impact réel sur la productivité. Selon le directeur de l’École supérieure d’agriculture, le professeur Tarik Hartani, au cours des deux dernières décennies, un total de 100 milliards de dollars a été alloué à l’agriculture, dont 80 milliards de dollars de soutien financier consommés par le seul secteur céréalier. Intervenant hier sur les ondes de la chaîne III, Tariq Hartani a indiqué que la décision du président Abdelmadjid Tebboune d’imposer la numérisation à l’agriculture constitue une étape fondamentale vers la modernisation de ce secteur, qui accuse un retard technologique.
Avec la numérisation, il aurait été possible, selon lui, d’optimiser ces financements et d’assurer une meilleure traçabilité des ressources. Le constat fait par Tarik Hartani est sans appel. Pour lui, lorsque l’information est fragmentée et non numérisée, la prise de décision devient approximative. Avec la digitalisation, l’administration centrale disposera d’une vue d’ensemble et pourra mieux accompagner les producteurs. La numérisation offrirait une vision claire des différents secteurs agricoles, améliorerait le suivi des ressources et orienterait le soutien de manière équitable et transparente vers les agriculteurs méritants. La centralisation des données agricoles représente, selon le professeur Hartani, un levier stratégique pour améliorer la gestion et affiner les prévisions. La numérisation permettra de disposer d’outils fiables afin d’anticiper les besoins en stockage, en semences, en engrais et en matériel. La numérisation est également importante pour le secteur de l’élevage. Tarik Hartani a précisé que le recours à des technologies comme les puces électroniques pour le suivi du cheptel pourrait améliorer les rendements et réduire les pertes. Quant à la mécanisation des machines agricoles, elle reste tributaire d’une meilleure maîtrise de la donnée numérique. «Si nous parvenons à contrôler l’information, nous pourrons réduire sensiblement la facture des importations, comme l’ont démontré des pays émergents tels que le Brésil ou la Russie», a-t-il ajouté.
Sensibiliser les agriculteurs
La réussite de ce chantier ne dépendra pas uniquement de l’administration, a souligné le directeur de l’École supérieure d’agriculture. Pour lui, l’adhésion des agriculteurs eux-mêmes est indispensable. D’où l’importance d’aller vers les exploitants, y compris ceux situés dans les zones steppiques ou montagneuses, afin de les sensibiliser aux bénéfices de la numérisation. Par ailleurs, «des applications adaptées pourraient fournir des informations utiles sur le climat, les conditions de semences, ou encore l’utilisation optimale des engrais et des outils de travail. Même les petits éleveurs doivent avoir accès à ces données pour mieux gérer leurs activités», a-t-il affirmé. «Ceux qui refusent d’intégrer cette dynamique finiront par être marginalisés. L’essentiel est que l’administration centrale crée les conditions favorables pour accompagner les producteurs», a-t-il conclu.
Mise en place d’un système d’information
Lors de son passage sur les ondes de la radio, le directeur de l’École supérieure d’agriculture a annoncé «la mise en place prochaine d’un système national d’information agricole, destiné à centraliser et à valoriser toutes les données produites par les différents démembrements du secteur». Par ailleurs, il a rappelé l’importance de la Conférence nationale de l’agriculture prévue fin octobre, «un rendez-vous stratégique», selon lui, pour faire un focus sur ces enjeux et dégager des recommandations utiles sur le secteur agricole.
Saïd S.
