Depuis quelques jours, des pays industrialisés, tels que l’Allemagne ou la Corée du Sud, ainsi que les clients traditionnels comme l’Italie, la France ou l’Espagne, sollicitent Alger, soit pour augmenter les quantités de gaz, soit pour espérer une reprise des livraisons.
Mardi, la Corée du Sud, un important client industriel de l’Algérie qui avait déjà occupé la première place des clients en 2025, cherche à regagner du terrain face à une Europe de plus en plus présente. En 2025, la Corée du Sud s’était imposée comme le premier importateur de pétrole algérien, avec un volume de 120.000 barils par jour. Mais au début de 2026, Séoul recule à la quatrième place, dépassée par plusieurs pays européens.
Selon le député coréen An Do-goul, du parti démocrate au pouvoir, son pays entend réagir rapidement. Dans une déclaration au quotidien Korea Times, il a affirmé que la Corée du Sud «mobilisera ses leviers diplomatiques pour obtenir des quantités supplémentaires de pétrole brut». Les autorités sud-coréennes prévoient l’envoi de missions diplomatiques ciblées vers l’Algérie pour entamer des négociations directes afin d’augmenter les volumes importés.
L’Europe renforce sa dépendance au gaz algérien
Pendant que Séoul perd du terrain, les marchés européens renforcent leur présence. L’Algérie a récemment injecté 4 milliards de m³ de gaz supplémentaires dans les réseaux espagnols, selon le média espagnol La Sexta. Cette livraison exceptionnelle compense directement l’absence des cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL) bloquées en mer à cause de fermetures de routes maritimes dans le Golfe.
L’Espagne, habituellement bien pourvue, voyait ses réserves diminuer. Les prix du gaz sur les marchés spot ont grimpé à des niveaux record, et les industriels redoutaient des coupures ciblées. La proximité géographique – à peine 400 km séparent les deux rives – offre un avantage décisif. Les gazoducs Medgaz acheminent le gaz sans traverser de zones de conflit, sans détourner aucun navire et sans franchir de détroit.
Chaque jour, l’Espagne reçoit environ 10 millions de mètres cubes de gaz algérien via ces canalisations. Ce débit régulier, associé au volume additionnel de 4 milliards de m³, transforme l’Espagne en plaque tournante. Mais ce flux ne s’arrête pas aux frontières ibériques.
Explosion des exportations de GNL
Selon la plateforme spécialisée Energy Research Unit, basée à Washington, les exportations algériennes de GNL vers l’Europe ont explosé depuis le début de la guerre, passant de 265.000 tonnes entre début et mi-février à 462.000 tonnes au cours des deux premières semaines de mars.
Selon Barah Mikail, spécialiste de l’Afrique du Nord à l’Université de Saint-Louis, «on connaît les quelque 4 milliards de mètres cubes de gaz présents juste à terre. Il existe d’autres zones encore inexploitées».
Si l’Algérie dispose d’une certaine marge pour accroître ses livraisons de GNL, ses deux gazoducs vers l’Europe tournent déjà à plein régime. Fin février, Sonatrach a annoncé un plan massif d’investissement de 60 milliards de dollars, dont un tiers via des partenariats internationaux. Alger espère ainsi doubler sa production de gaz, qui passerait de 100 à 200 milliards de m³ à l’horizon 2030, soit l’équivalent de la production actuelle du Qatar, la troisième plus importante au monde.
L’essor du marché des fertilisants
La même dynamique profite au marché des fertilisants. L’Espagne, dont l’agriculture dépend des engrais, a sensiblement augmenté ses achats d’urée algérienne. Avec 3 millions de tonnes produites chaque année pour une consommation interne de seulement 200.000 tonnes, l’Algérie dispose d’un excédent massif. En un an, le volume des marchandises algériennes importées par l’Espagne a bondi de 328,777 milliards d’euros à près de 825 milliards d’euros.
Les chiffres récents montrent une nette domination du Vieux Continent dans les exportations algériennes. L’Inde et le Brésil ont également réorienté une partie de leurs commandes vers les ports algériens. Les principaux importateurs au début de 2026 sont l’Espagne avec 57.000 barils/jour, la France (54.000 barils/jour) et l’Italie (46.000 barils/jour). L’Italie enregistre d’ailleurs une hausse notable de 28%, passant de 36.000 à 46.000 barils par jour en un an.
H. Adryen
