Alors qu’un cessez-le-feu fragile est en cours, entre les États-Unis et l’Iran, le Moyen-Orient s’embrase de nouveau avec les frappes sionistes sur le Liban.
L’Iran a d’ailleurs jugé les négociations de paix au Pakistan «dénuées de sens» sans un cessez-le-feu au Liban et menace de ne pas participer aux pourparlers sans cette condition remplie.L’entité sioniste, pour sa part, refuse que le Liban soit inclus dans la trêve conclue entre l’Iran et les États-Unis.
Une trêve qui ne lui plaît guère car estimant qu’il faut continuer à affaiblir l’Iran, tout en démantelant le Hezbollah. En effet, au lendemain de la trêve entre l’Iran et les États-Unis, Israël a mené mercredi dernier ses frappes les plus meurtrières sur le Liban, depuis le retour d’une guerre ouverte avec le Hezbollah début mars.
Sans avertissement, permettant aux populations d’évacuer, l’armée sioniste a pilonné le centre de la capitale Beyrouth, sa banlieue Sud ainsi que plusieurs villes et villages de l’est et du sud du pays.Selon le dernier bilan officiel, au moins 303 personnes ont été tuées et 1.150 autres blessées.
«On a reçu beaucoup d’enfants, éventrés et éviscérés, amputés ou avec des traumatismes crâniens. Et aussi, beaucoup de femmes», a témoigné auprès du Monde le médecin en chef de l’hôpital Rizk, Karl Jallad, situé au centre de la capitale libanaise.
«C’est la première fois, durant cette guerre et celle de l’automne 2024, que l’on reçoit autant d’enfants après des frappes. C’est parce qu’elles ont eu lieu dans des quartiers habités et sur des immeubles où vivaient des familles», a assuré le médecin en chef des urgences de ce même hôpital, Mariana Helou. Les attaques israéliennes ont tué plus de 1 888 personnes au Liban depuis le 2 mars, selon le ministère libanais de la Santé. Parmi les victimes figuraient plus de 130 enfants, 102 femmes et 57 professionnels de la santé, au 7 avril.
Indignation de l’ONU
Après ces frappes meurtrières, le secrétaire général de l’ONU a exprimé sa vive indignation et a estimé que ces bombardements mettent en péril le cessez-le-feu conclu dans la nuit de mardi à mercredi dans la région.
«Le secrétaire général condamne sans équivoque les frappes massives menées par Israël (…) qui ont fait des centaines de morts et de blessés parmi les civils, y compris des enfants, ainsi que des dégâts aux infrastructures civiles. Le secrétaire général condamne fermement la perte de vies civiles et est profondément alarmé par l’augmentation du nombre de victimes parmi les civils», a affirmé Guterres, selon une déclaration relayée par le porte-parole Stéphane Dujarric.
Risque pour le cessez-le-feu et la paix régionale
Le secrétaire général a dans ce cadre mis en garde : «La poursuite des activités militaires au Liban fait peser un risque grave sur le cessez-le-feu ainsi que sur les efforts visant à instaurer une paix durable et globale dans la région.»L’ONU a réitéré son appel à toutes les parties à «cesser immédiatement les hostilités» et rappelé que
«le droit international, y compris le droit international humanitaire, doit être respecté en tout temps. Les civils et les biens de caractère civil doivent être protégés en toutes circonstances, et les attaques dirigées contre eux sont inacceptables».
«Aucune solution militaire»
Antonio Guterres a, par ailleurs, souligné qu’«il n’existe pas de solution militaire au conflit» et appelé toutes les parties à «recourir aux voies diplomatiques et à s’engager de nouveau en faveur de la pleine mise en œuvre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité», pilier de la stabilité au sud du Liban depuis 2006.
Fermes condamnations
L’Union européenne a de son côté fermement condamné la nouvelle vague de frappes contre le Liban, avertissant que l’escalade militaire menaçait de rompre le fragile accord de cessez-le-feu conclu entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin à la guerre.
«Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre, mais le droit d’Israël à se défendre ne justifie pas d’infliger des destructions aussi massives», a déclaré, jeudi matin, la haute représentante, KajaKallas, qui s’est jointe au concert croissant de critiques.Après s’être entretenu au téléphone avec Nawaf Salam et Joseph Aoun, le président français Emmanuel Macron a condamné les bombardements israéliens «avec la plus grande fermeté».Ces attaques «constituent une menace directe pour la pérennité du cessez-le-feu qui vient d’être conclu. Le Liban doit être entièrement couvert par ce cessez-le-feu», a-t-il déclaré.
Deuxième Ghaza
Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a mis en garde contre un «deuxième Ghaza» et a convoqué l’ambassadeur israélien en réponse. Son homologue belge, Maxime Prévot, qui se trouvait au Liban au moment des frappes, a déclaré que l’action israélienne était «disproportionnée».
Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephu, a exhorté Israël à «se limiter à la légitime défense nécessaire contre le Hezbollah et à ne pas aller au-delà».
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a directement pointé du doigt le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, déclarant que «son mépris pour la vie humaine» était «intolérable».Pedro Sánchez, un fervent critique du gouvernement Netanyahu, a également demandé à l’UE de suspendre son accord d’association avec Israël, une proposition que l’Espagne et d’autres pays ont défendue dans le contexte de la guerre d’Israël contre Ghaza.
Dans un pays déjà fragilisé par une crise politique, économique et sociale profonde, la journée du 8 avril marque un tournant dramatique.
Entre intensification des frappes, pertes civiles massives et destruction des infrastructures, les appels de l’ONU et beaucoup de pays à la désescalade et à la protection des civils apparaissent plus urgents que jamais.
Synthèse R.C.
