Invité sur France Info pour discuter des relations franco-algériennes à l’occasion de la récente visite du ministre de l’Intérieur français en Algérie, l’historien Benyamin Stora a exprimé une colère sans précédent face à l’animateur de l’émission.
Dans une scène rare sur la télévision française, l’historien Benjamin Storaa littéralement interrompu un animateur en direct sur France Info, refusant de voir la débat dévié vers ce qu’il qualifie de futilités. Derrière ce geste se cache une frustration profonde face à la manière dont l’histoire coloniale franco-algérienne est traitée par les médias.
Une étincelle diplomatique
Le prétexte : la visite en Algérie du ministre de l’Intérieur français, Laurent Nuñez, un déplacement sensible chargé de décennies de blessures historiques. Mais l’animateur a choisi de ramener la discussion sur un «influenceur» algérien et une affaire d’enlèvement supposée, suggérant que cela entretenait les tensions entre Paris et Alger.
Stora a explosé : «Que fais-je ici ? Je ne suis pas là pour parler de cet influenceur !» Son ton, mêlant colère et indignation, traduisait un rejet de la légèreté avec laquelle des questions cruciales sont traitées.
Des blessures toujours ouvertes
La colère de l’historien ne se limite pas à un désaccord avec un animateur. Elle témoigne d’une frustration plus large : celle d’une mémoire historique encore bafouée. Stora rappelle les dossiers jamais clos : «Des centaines de milliers d’Algériens ont été tués. C’est une question importante. Vous avez les essais nucléaires français en Algérie, vous avez la question des disparus de la bataille d’Alger. Ce sont des dossiers complexes qui doivent être abordés à la télévision française.» L’animateur poursuit en expliquant que l’émission était consacrée à la visite du ministre français de l’Intérieur en Algérie et non à l’histoire.
L’historien lui a alors répondu avec assurance :«Vous m’avez contacté pour parler des relations entre les deux pays, de la mémoire en crise et de la manière de réconcilier les deux nations, pas pour parler d’un influenceur.»
Quand le sensationnel l’emporte
L’animateur poursuit en expliquant que l’émission était consacrée à la visite du ministre français de l’Intérieur en Algérie et non à l’histoire. L’historien lui a alors répondu avec assurance :
«Vous m’avez contacté pour parler des relations entre les deux pays, de la mémoire en crise et de la manière de réconcilier les deux nations, pas pour parler d’un influenceur.» L’animateur a ajouté : «Nous ne pouvons pas être entre les deux camps ni défendre les deux parties en même temps.»Stora lui a alors répondu par ce qui peut être qualifié de révélation embarrassante : «Écoutez-moi ! Je vais être franc avec vous. J’ai récemment été invité à une émission pour parler des résistants algériens dont les crânes ont été séparés de leurs corps et placés au Musée de l’homme à Paris. Nous avons passé toute une matinée sur place, pour découvrir ensuite que le reportage n’a pas été diffusé, alors que la partie consacrée à l’influenceur, elle, a été diffusée. Cela fait cinquante ans que je fais des recherches et que je travaille sur l’histoire. Lorsque l’on m’invite, c’est pour cela, pas pour parler d’un influenceur de Dubaï.»
Un combat pour la mémoire
Le geste de Stora s’inscrit dans un parcours intellectuel cohérent. Auteur de «La France et l’Algérie : Les douleurs de la mémoire», et chargé en 2020 par le président Emmanuel Macron d’élaborer un rapport sur la mémoire franco-algérienne, il milite pour une reconnaissance mutuelle de l’histoire, condition indispensable pour dépasser les blessures du passé.
Le silence de l’Histoire
Au-delà de l’incident télévisé, ce moment illustre une tendance inquiétante : l’histoire postcoloniale est souvent reléguée au second plan au profit des sujets
«viraux» et des personnalités en vue sur les réseaux sociaux.
La colère de Benjamin Stora n’est pas celle d’un historien offensé, mais celle d’une conscience qui refuse que les pages ensanglantées de l’histoire soient tournées avec légèreté.
H.A
