La lutte contre le terrorisme, le narcotrafic et l’immigration irrégulière, autant de sujets à débat.
Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, est arrivé hier en début d’après-midi à Alger pour une visite de travail de deux jours. Il a été accueilli à son arrivée par le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud.
Après des semaines d’hésitation, le ministre français a décidé de se rendre en Algérie, malgré ses déclarations sur BFMTV à peine une semaine auparavant, où il posait trois conditions pour que son voyage puisse avoir lieu. Le 12 février dernier, après un long échange téléphonique avec son homologue algérien, Saïd Sayoud, le ministre français a finalement choisi de faire le déplacement pour une mission délicate : normaliser des relations algéro-françaises, au plus bas depuis plus d’un an et demi.
Une délégation de haut niveau
Nuñez est accompagné d’une délégation comprenant des chefs des services de sécurité, notamment Céline Berthon, directrice du renseignement intérieur, Louis Laugier, directeur de la police, et le général Hubert Bonneau, directeur de la gendarmerie.
«Je me rends en Algérie pour une réunion de travail avec mon homologue. Il y a eu une phase de préparation entre services à un niveau technique, et maintenant, nous passons à la phase politique», a déclaré vendredi Nuñez. La veille de la visite, il avait précisé que cette rencontre «n’était pas le fruit du hasard», soulignant qu’«une phase préparatoire intensive a eu lieu entre les services des deux pays, incluant des échanges techniques préalables». L’objectif est désormais de passer à «la phase politique effective».
Tensions sur les OQTF
Si aucune rencontre avec le président Abdelmadjid Tebboune n’est prévue à ce stade, le ministre français n’a pas exclu, hier, cette éventualité sur France Inter : «Je verrai bien ce qu’il se passe sur place.» Avec prudence, il a expliqué qu’au cours de cette «réunion de travail», toutes les questions de sécurité seraient discutées : lutte contre le terrorisme, narcotrafic et immigration illégale. Les deux ministres aborderont également la question du retour dans leur pays des ressortissants algériens sous obligation de quitter le territoire français (OQTF), sujet sur lequel Nuñez devrait obtenir des résultats, du moins partiels.
Récemment, le président Tebbounes’est montré intransigeant au sujet des OQTF en raison de l’attitude de l’ancien ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, qu’il accusait de «vouloir humilier l’Algérie» et de ne pas respecter «les droits des ressortissants algériens».
«Il y a un ministre français qui croyait se permettre tout. Il comptait mettre ces Algériens dans un avion et les renvoyer en Algérie, comme si de rien n’était. Mais ça ne peut marcher comme ça. Nos citoyens expulsés ont des droits, quand même, qu’on doit respecter. Ils ont vécu longtemps en France. Ils peuvent faire appel de la décision de justice. Il est malheureux de constater que certains ne sont même pas présentés devant la justice pour statuer sur leurs cas. Ils ont droit aussi à la visite du consul et de prendre attache avec le préfet pour les défendre. Ce n’est qu’à la fin de ce processus, lorsque toutes les procédures sont respectées, qu’un laissez-passer leur est accordé pour être expulsé vers l’Algérie», a détaillé le chef de l’Etat.
Dialogue sur les questions de sécurité
Laurent Nuñez pourra, lui, se prévaloir d’un attachement personnel à l’Algérie, où ses parents, pieds-noirs d’origine espagnole, s’étaient installés dans la région d’Oran avant de partir au moment de l’indépendance en 1962. «J’ai toujours été confiant quant au rétablissement des relations sécuritaires avec l’Algérie. Cette visite est l’aboutissement de cette position, qui est de continuer à dialoguer avec les autorités algériennes sur les questions de sécurité. Cela me paraît indispensable», a ajouté Nuñez.
Depuis des semaines, il a demandé à ses services de reprendre les échanges avec leurs homologues algériens sur deux dossiers sensibles : le terrorisme et la lutte contre le narcotrafic. Ses services se concentrent sur la coopération dans ces domaines, tout en restant prudents quant aux résultats attendus et sans fixer d’objectifs chiffrés précis.
Cette rencontre pourrait-elle être le signe d’un dégel des relations entre les deux pays ? Cela fait 10 mois qu’aucune rencontre officielle n’avait eu lieu à Alger. Des dissensions sur différents sujets se sont succédé ces deux dernières années. Cette visite vise donc à apaiser les tensions, en centrant les discussions sur la question sécuritaire. Nuñez n’entend pas montrer les dents comme son prédécesseur, ni afficher des objectifs ambitieux ; l’important est, selon des sources diplomatiques, de renouer le dialogue, si ténu soit-il, au niveau sécuritaire.
H.Adryen
