Malgré les efforts des autorités pour réguler les tarifs et protéger le pouvoir d’achat, les ménages se retrouvent confrontés à une hausse qui pèse lourdement sur leur budget.
La question des prix des produits de grande consommation s’impose avec acuité à l’échelle nationale. Alors que les autorités ont multiplié les annonces pour réguler le marché, garantir l’approvisionnement et préserver le pouvoir d’achat, la réalité sur le terrain révèle un décalage frappant entre les prix pratiqués au niveau des marchés de gros et ceux affichés au détail. Une visite effectuée dans deux marchés d’Alger illustre cette tendance, qui dépasse le cadre local et souligne un déséquilibre structurel dans la chaîne de distribution.
Les étals sont bien approvisionnés et les produits disponibles en quantité suffisante. Les grossistes assurent que les prix en amont restent raisonnables. Pourtant, au niveau du consommateur final, les écarts sont visibles, parfois spectaculaires. Le problème ne réside pas dans la pénurie, mais dans les marges appliquées entre le marché de gros et le commerce de détail. Cette situation soulève une question centrale : les mécanismes de régulation sont-ils réellement efficaces pour encadrer les pratiques commerciales durant une période de forte demande ?
Des écarts de prix qui interpellent
Les produits de base affichent des différences significatives. La pomme de terre, vendue entre 75 et 110 DA le kilogramme selon le marché, est pourtant cédée à seulement 25 DA sur les marchés de gros. La tomate atteint 140 DA dans un marché contre 100 DA dans un autre, alors que son prix de gros ne dépasse pas 60 DA.
Même tendance pour l’oignon, proposé entre 100 et 120 DA au niveau des deux marchés visités, alors qu’il est disponible à 60 DA au niveau du gros. Les poivrons s’affichent 250 DA ici, 300 DA là, sans différence notable de qualité.
La laitue suit la même logique, oscillant entre 250 et 300 DA. Le fenouil, quant à lui, est vendu entre 100 et 150 DA au détail, alors qu’il se situe entre 40 et 55 DA au marché de gros.
Concernant les petits pois, ils sont proposés à 200 dinars le kilogramme au niveau l’un des marchés visités, tandis que le prix de gros est fixé à 120 DA, selon un direct diffusé par l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA).
Là encore, l’écart interpelle et pose la question de la cohérence des marges appliquées entre les différents maillons de la chaîne commerciale.
Les agrumes et fruits n’échappent pas à cette dynamique. L’orange est vendue entre 130 et 200 dinars au détail, alors qu’elle est affichée à 80 dinars au marché de gros. Le citron passe de 100 dinars en gros à 200 dinars dans certains marchés. La banane reste à 500 dinars dans plusieurs points de vente, mais elle est proposée à 340 dinars dans des marchés de proximité.
La pomme atteint 700 dinars dans un marché contre 500 dinars dans un autre. Autant d’exemples qui traduisent une absence d’harmonisation et une grande liberté tarifaire.
Pression constante sur le pouvoir d’achat
Du côté des viandes, la tendance haussière se confirme également. La viande ovine (côtelettes) atteint 3 500 DA le kilogramme, la viande bovine 2 900 DA, et 2 400 dinars pour les côtelettes. Le foie d’agneau grimpe à 5 600 dinars, un prix hors de portée pour de nombreux ménages.
La viande importée, notamment espagnole, est vendue à 1 800 dinars le kilogramme dans les marchés de détail, alors qu’elle ne dépasse pas 1 400 dinars dans certains circuits de proximité. Quant au poulet, il varie entre 350 et 850 dinars la pièce selon le poids dans un marché, tandis que dans un autre, la cuisse entière est proposée à 400 dinars et la partie inférieure à 150 dinars, avec une qualité jugée excellente. Si la fraîcheur et la qualité peuvent expliquer certaines différences, elles ne suffisent pas toujours à justifier de tels écarts.
Abondance confirmée, hausses contestées
Paradoxalement, les grossistes insistent sur la disponibilité des produits et sur la stabilité des prix en amont. Ils appellent les détaillants à se limiter à une «marge légitime», estimant que les hausses constatées au détail sont injustifiées. Cette déclaration renforce le sentiment d’un décalage entre l’offre réelle et le prix payé par le consommateur.
S’agit-il d’un problème de contrôle des marges ? D’un manque de coordination dans la chaîne de distribution ? D’une liberté commerciale excessive en période de forte demande ? Ou simplement d’un opportunisme saisonnier qui se répète chaque année à l’approche du Ramadhan ?
Une forte affluence, malgré tout
Malgré ces hausses, les marchés ne désemplissent pas. Une forte affluence et une grande densité ont été constatées aussi bien au niveau des fruits et légumes que des viandes. Le Ramadhan demeure un moment de consommation accrue, où les ménages, parfois contraints, continuent d’acheter en dépit de la pression sur leur budget.
La question centrale reste entière : ces augmentations ne concernent-elles que la première semaine, portée par l’effet de la demande initiale, ou risquent-elles de s’installer tout au long du mois sacré ? À l’échelle nationale, l’enjeu dépasse la simple variation saisonnière. Il touche à l’efficacité des mécanismes de régulation, à la transparence des marges et à la protection du pouvoir d’achat.
Sur les étals, l’abondance est visible. Mais pour les ménages, c’est le montant final sur le ticket de caisse qui détermine la réalité économique. Et celui-ci reflète une tendance qui mérite plus qu’un simple constat : une réponse structurelle.
K. Zemmouri
