Des poursuites judiciaires ont été engagées contre les grossistes impliqués, tandis que les autorités renforcent leur dispositif de surveillance pour mettre fin aux pénuries artificielles et protéger le pouvoir d’achat des citoyens.
Les premières sanctions tombent ! Deux grossistes ont été pris en flagrant délit de spéculation sur les prix de la pomme de terre, l’un à El Meghaier et l’autre à Boumerdès. Les opérations de contrôle et les poursuites judiciaires contre les spéculateurs se sont intensifiées, dans un contexte marqué par le durcissement de la législation en vigueur. Les pouvoirs publics ont promis une « réponse intransigeante » face aux manipulations des prix et aux pénuries artificielles.
Les brigades de contrôle du commerce des deux wilayas n’ont pas tardé à réagir, à la suite de la sévère mise en garde adressée par le Premier ministre jeudi dernier. « Nous ne tolérerons plus la spéculation et nous utiliserons tous les moyens pour la combattre. Nous recourrons aux méthodes les plus extrêmes que l’on puisse imaginer », a-t-il averti. « Notre premier objectif est de préserver le pouvoir d’achat des citoyens. Nous ne tolérerons aucune manipulation touchant au couffin du citoyen algérien », a-t-il ajouté.
Au total, plus de cinq tonnes de pommes de terre ont été retirées du circuit de commercialisation pour non-respect des prix plafonds fixés par l’État. Cette opération a donné lieu à l’engagement immédiat de poursuites judiciaires contre les contrevenants. Les commerçants incriminés proposaient ce produit à des prix oscillant entre 120 et 140 DA le kilogramme, alors que les tarifs réglementés sont compris entre 70 et 90 DA.
Cette intervention menée dans le sud-est du pays fait écho à une opération d’envergure réalisée quelques jours auparavant dans le nord. Le 3 novembre dernier, les inspecteurs de la direction du commerce de la wilaya de Boumerdès ont investi, dès les premières heures de la matinée, le marché de gros des fruits et légumes. Le bilan de cette descente est particulièrement lourd : 3 510 kilogrammes de pommes de terre, soit près de trois tonnes et demie, ont été retirés du circuit de commercialisation en quelques heures seulement.
Sur place, les grossistes concernés refusaient délibérément d’appliquer la grille tarifaire officielle, ce qui a entraîné l’ouverture immédiate de dossiers judiciaires à leur encontre. Désormais, tout dépassement des prix plafonds est considéré comme une infraction à la réglementation commerciale. Les revendeurs et distributeurs contrevenants s’exposent ainsi à la confiscation de leurs marchandises et à des sanctions pénales.
La lutte s’intensifie
Cette offensive contre les pratiques spéculatives ne se limite pas au marché de la pomme de terre. Auparavant, le procureur général près la cour d’Alger avait ordonné l’ouverture d’enquêtes urgentes par la police judiciaire, à la suite de la diffusion de vidéos montrant des individus déversant volontairement des denrées alimentaires et des légumes en dehors des zones urbaines, dans le but de provoquer des pénuries artificielles et de faire grimper les prix.
Les forces de sécurité multiplient également les opérations de contrôle et les descentes dans les dépôts clandestins. À Oran, deux individus ont ainsi été arrêtés par les services de la sûreté de wilaya, à Bir El Djir, après la découverte de 648 kilogrammes de bananes entreposées illégalement dans un garage clandestin à des fins spéculatives.
Parallèlement, le gouvernement entend assainir les circuits de distribution, notamment les réseaux opaques reliant les agriculteurs aux marchés de gros, afin de limiter les marges commerciales excessives. Certaines pratiques illustrent parfaitement ces dérives : des produits agricoles, comme la tomate, achetés à bas prix directement auprès des producteurs, sont ensuite revendus à des tarifs exorbitants aux consommateurs.
Un arsenal juridique de plus en plus dissuasif
Pour faire face à ce phénomène, les pouvoirs publics ont mis en place plusieurs dispositifs d’encadrement des prix et de régulation des stocks. Le plafonnement des prix de certains produits, notamment la pomme de terre, ainsi que les mécanismes d’achat et de stockage des excédents agricoles, figurent parmi les mesures destinées à stabiliser le marché et à contenir l’inflation.
Sur le plan juridique, la loi n° 21-15 du 28 décembre 2021 relative à la lutte contre la spéculation illicite prévoit des mécanismes de contrôle et des sanctions pouvant atteindre trente ans de réclusion criminelle, voire la réclusion à perpétuité en cas de bande criminelle organisée. Ce dispositif vise à prévenir les pénuries artificielles, protéger le pouvoir d’achat des citoyens et garantir la stabilité de l’approvisionnement alimentaire.
H. Adryen
