Après avoir placé la question de la réparation des dommages causés par les essais nucléaires français au cœur de ses revendications mémorielles, l’Algérie franchit une nouvelle étape en s’attaquant aux conséquences environnementales des crimes coloniaux. Analyses scientifiques, preuves matérielles et témoignages historiques sont mobilisés pour établir l’ampleur des destructions infligées à la nature et aux écosystèmes nationaux.
La démarche de l’Algérie pour faire toute la lumière sur les crimes commis par la France coloniale se poursuit et s’élargit à un autre volet tout aussi dévastateur : les atteintes portées à l’environnement.
Des essais nucléaires aux armes chimiques, en passant par les mines et les bombardements au napalm, l’objectif est désormais de documenter scientifiquement les séquelles laissées sur les territoires et les écosystèmes du pays, et de mettre en évidence les responsabilités de la puissance coloniale. Cette volonté a été réaffirmée, hier à Alger, à l’occasion de la deuxième session du Comité interministériel de la mémoire environnementale, coprésidée par la ministre de l’Environnement et de la Qualité de la vie, Kaouter Krikou, et le ministre des Moudjahidine et des Ayants droit, Abdelmalek Tacherift.
La rencontre, organisée sous le thème « Mémoire environnementale… une terre qui témoigne et des crimes qui se documentent», s’inscrit dans le cadre du suivi du projet de mémoire environnementale coloniale. À cette occasion, Kaouter Krikou a souligné que ce projet vise à «documenter les crimes coloniaux français commis contre la nature et l’être humain», en s’appuyant sur des preuves scientifiques et des témoignages historiques.
Il s’agit notamment de mettre en évidence les conséquences des armes chimiques, des explosions nucléaires, des mines et de la politique de la terre brûlée sur les écosystèmes nationaux. La démarche ne se limite pas à la collecte de témoignages.
Des investigations scientifiques sont également menées sur le terrain. La ministre a ainsi «présenté les résultats préliminaires des analyses en laboratoire réalisées sur plusieurs sites ayant subi des dégradations environnementales », souligne le communiqué.
Un dossier en béton
Ces travaux visent à «déterminer la nature des dommages et à documenter scientifiquement leurs conséquences», notamment celles des bombardements au napalm, qui ont provoqué la destruction du couvert végétal et la perturbation des équilibres écologiques.
À travers ces investigations, l’Algérie entend constituer un dossier scientifique et historique étayé, capable de mettre en évidence l’ampleur des destructions environnementales et d’établir la responsabilité de la puissance coloniale. La ministre a, dans ce sens, insisté sur la nécessité de disposer d’un dossier documenté permettant de démontrer ces violations «à la lumière des conventions et accords internationaux relatifs à la protection de l’environnement».
Elle n’a par ailleurs pas omis de saluer les efforts déployés par l’Armée nationale populaire (ANP), héritière de l’Armée de libération nationale (ALN), dans le traitement des séquelles de la colonisation, notamment les opérations de déminage des lignes Challe et Morice. Ces opérations ont permis de neutraliser plus de 10 millions de mines et de dépolluer plus de 62 000 hectares de terres contaminées, contribuant ainsi à rétablir la sécurité de ces espaces et à les rendre exploitables. Au-delà du travail de mémoire, l’enjeu est donc de transformer les traces laissées par ces crimes en éléments de preuve irréfutables.
Après les revendications liées aux conséquences sanitaires et environnementales des essais nucléaires français, cette nouvelle initiative élargit ainsi le champ du travail mémoriel. Elle traduit la détermination de l’Algérie à documenter toutes les formes de violence coloniale, y compris celles dont les effets sur la nature et les équilibres écologiques se prolongent bien au-delà de la période coloniale.
S.M
