Après la défaite de la candidate marocaine à la vice-présidence de la Commission de l’Union africaine, la responsable algérienne fait l’objet d’une série d’accusations relayées par Africa Intelligence. En toile de fond, les rivalités entre Alger et Rabat autour de l’influence au sein de l’organisation panafricaine et les enjeux de succession en 2029.
Le Maroc semble avoir du mal à digérer la défaite de sa représentante, Latifa Akharbach, face à l’ambassadrice d’Algérie à Addis-Abeba, Selma Malika Haddadi, lors de l’élection à la vice-présidence de la Commission de l’Union africaine. Depuis son accession à ce poste, en février 2025, la responsable algérienne se retrouve au centre d’une offensive médiatique visant à mettre en cause son influence au sein de l’institution panafricaine et, au-delà, le rôle diplomatique de l’Algérie sur le continent.
Dans un article publié le 3 novembre, le média Africa Intelligence multiplie les accusations concernant son poids dans le fonctionnement de la Commission, les nominations administratives et les perspectives de succession à la présidence de l’organisation en 2029.
Présentés comme les éléments d’une stratégie algérienne destinée à renforcer son influence dans les structures de l’Union africaine, ces développements s’inscrivent dans un contexte de rivalité persistante entre Alger et Rabat. Ils ciblent notamment les responsabilités administratives et financières exercées par Selma Malika Haddadi depuis son élection.
La publication affirme que le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, aurait mis plusieurs diplomates algériens à la disposition de la vice-présidente depuis 2025, tout en continuant à assurer leur rémunération. Son cabinet compterait une vingtaine de membres, dont six Algériens, un effectif qu’Africa Intelligence présente comme supérieur à celui du cabinet du président de la Commission.
Le média s’attarde également sur la nomination du diplomate algérien Tayeb Toufik Dahar au poste de directeur des ressources humaines, annoncée dans un document interne daté du 22 octobre. Cette désignation aurait suscité des contestations concernant la procédure de sélection, alors que l’intéressé aurait été le seul candidat à obtenir une note supérieure à 70% lors de l’évaluation technique.
Dans son argumentaire, la publication tend ainsi à interpréter des décisions relevant de la gestion administrative interne comme autant d’indices d’une volonté algérienne de peser sur les mécanismes de fonctionnement de l’organisation continentale. Toutefois, elle ne présente pas d’éléments permettant d’établir une quelconque irrégularité dans la procédure de nomination. Cette lecture contribue à transformer des questions de gestion interne en accusations visant directement la responsable algérienne et, plus largement, la présence de l’Algérie au sein des institutions africaines.
2029, une échéance qui attise les rivalités
L’article accorde une place importante à la perspective de l’élection à la présidence de la Commission en 2029, à l’issue du mandat de l’actuel président, le Djiboutien Mahmoud Ali Youssouf, élu en février 2025 pour quatre ans.
Il évoque notamment une intervention de l’ambassadeur d’Algérie en Éthiopie, Mohamed Khaled, qui aurait soulevé, en octobre, la question de l’équilibre entre l’Algérie et le Maroc dans la répartition des postes de responsabilité au sein de l’organisation. Cette démarche serait intervenue après la nomination du diplomate marocain FathallahSijilmassi, envoyé spécial de l’Union africaine auprès du G20.
Cette question de l’équilibre des responsabilités intervient alors que l’échéance de 2029 commence déjà à alimenter les spéculations autour d’une éventuelle candidature de Selma Malika Haddadi à la présidence de la Commission. Une perspective qui, si elle venait à se concrétiser, relèverait d’un droit légitime, mais qui nécessiterait de réunir les soutiens requis parmi les États membres.
Une telle candidature reste, à ce stade, hypothétique. L’accession à la présidence de la Commission exige en effet le soutien des deux tiers des États membres habilités à voter, ce qui suppose de dépasser le cadre des seuls appuis nationaux.
Le dossier sahraoui en toile de fond
Cette offensive médiatique intervient également sur fond de profondes divergences entre Alger et Rabat autour de la question du Sahara occidental, un dossier qui demeure un enjeu majeur au sein de l’Union africaine et des instances internationales.
L’article évoque notamment les développements relatifs au mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso), dans un contexte de tensions au Conseil de sécurité autour du renouvellement de cette mission et des positions divergentes des grandes puissances.
Au-delà des accusations formulées contre Selma Malika Haddadi, cette séquence médiatique met en lumière la sensibilité des enjeux de représentation et d’influence au sein de l’Union africaine. En plaçant une responsable algérienne occupant une fonction stratégique sous le feu des critiques, Africa Intelligence inscrit son analyse dans le contexte de la rivalité entre Alger et Rabat, alors que se profile une échéance institutionnelle majeure en 2029. Une rivalité dont les prolongements médiatiques sont également relayés par plusieurs médias proches du Makhzen.
Smail Rouha
