Ségolène Royal a vivement critiqué la politique française à l’égard de l’Algérie, appelant Paris à privilégier le pragmatisme économique et à renforcer sa coopération énergétique avec Alger. De retour d’un déplacement à Djanet, où elle a participé à une rencontre consacrée à l’art rupestre, la présidente de l’Association France-Algérie s’est également exprimée sur la détention du journaliste français Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison en Algérie.
Invitée mardi soir sur le plateau de LCI, l’ancienne ministre française a dénoncé les difficultés persistantes dans les relations entre les deux pays, estimant que la France se prive d’opportunités économiques en maintenant une relation tendue avec son partenaire méditerranéen.
«Tout le monde s’entend avec l’Algérie, sauf la France», a-t-elle lancé, en référence aux relations que l’Algérie entretient avec plusieurs pays européens, notamment l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne.
L’enjeu énergétique
Ségolène Royal a notamment remis en question les choix énergétiques de l’Exécutif français, évoquant les déplacements du président Emmanuel Macron dans les pays du Golfe pour rechercher de nouvelles possibilités d’approvisionnement en hydrocarbures.
Selon elle, la France aurait intérêt à accorder davantage de place à l’Algérie dans sa stratégie énergétique, compte tenu de ses ressources en gaz et en pétrole et de sa proximité avec le marché européen.
«Monsieur Macron vient de faire une tournée dans le Golfe pour obtenir des hydrocarbures, il serait plus intelligent d’aller les chercher en Algérie», a-t-elle déclaré.
L’ancienne candidate à l’élection présidentielle de 2007 estime également qu’un rapprochement énergétique pourrait présenter des avantages pour les consommateurs français. Elle défend ainsi la perspective d’un gaz moins cher et d’une essence à prix plus bas grâce à une coopération renforcée avec Alger.
Une éventuelle baisse des prix ne serait toutefois pas automatique. Elle dépendrait notamment des conditions contractuelles, des cours internationaux, des coûts de transport et des mécanismes de distribution. Un renforcement des échanges pourrait ouvrir de nouvelles perspectives, sans garantir directement une diminution des factures des ménages.
L’Europe renforce ses relations avec Alger
Pour appuyer son argumentation, Ségolène Royal a cité les exemples de l’Allemagne, de l’Italie et de l’Espagne, qui poursuivent leurs partenariats avec l’Algérie dans les domaines énergétique et industriel.
Grâce à ses exportations de gaz par gazoducs et à ses capacités de gaz naturel liquéfié (GNL), l’Algérie occupe une place importante dans l’approvisionnement énergétique de plusieurs pays européens. Dans un contexte marqué par les préoccupations liées à la sécurité énergétique, elle constitue un partenaire stratégique pour la diversification des sources d’approvisionnement.
La présidente de l’Association France-Algérie juge ainsi incompréhensible que Paris ne parvienne pas à développer une coopération comparable, alors que les intérêts économiques des deux pays peuvent converger.
Cette prise de position intervient après une période de dix-huit mois de grave crise entre Paris et Alger, marquée par de fortes tensions diplomatiques. La visite en Algérie du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, en février dernier, avait contribué à relancer le dialogue, sans pour autant effacer les divergences.
Renault à l’arrêt, Opel mise sur l’Algérie
L’ancienne ministre a également dénoncé les occasions manquées dans le secteur industriel, en prenant l’exemple de l’industrie automobile. Elle a opposé l’arrêt de l’usine Renault en Algérie au projet d’implantation industrielle annoncé par Opel, marque appartenant au groupe Stellantis.
«Est-ce que c’est malin ?», s’est-elle interrogée, critiquant les choix français face à la présence croissante d’autres acteurs européens sur le marché algérien.
Pour Ségolène Royal, cette situation illustre les conséquences économiques d’une relation bilatérale fragilisée par les tensions politiques. L’Algérie représente pourtant un marché susceptible d’offrir des débouchés aux entreprises françaises, notamment dans l’industrie, les transports et les hydrocarbures.
Le développement de ces partenariats nécessite néanmoins un climat de confiance, un cadre stable et des engagements réciproques permettant aux entreprises de s’inscrire dans la durée.
Appel à dépasser les blocages
Au cours de son intervention, Ségolène Royal a également évoqué sa rencontre avec le journaliste français Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison en Algérie en juin 2025.
«J’ai rencontré Christophe Gleizes. À chaque fois que je vais en Algérie, je le rencontre. Il va bien parce qu’il a le moral, mais c’est long», a-t-elle confié, précisant lui rendre visite lors de ses déplacements dans le pays.
Interrogée sur une éventuelle libération prochaine du journaliste, elle s’est montrée prudente : «On ne peut pas dire cela, mais il faut espérer.» Elle a par ailleurs affirmé que Christophe Gleizes ne contestait pas le gouvernement algérien.
À travers ses déclarations, la présidente de l’Association France-Algérie a remis en lumière les difficultés politiques entre Paris et Alger, tout en plaidant pour une approche davantage guidée par les intérêts économiques.
La question énergétique, les investissements industriels et le sort du journaliste français illustrent les différents enjeux de cette relation. Pour Ségolène Royal, un rapprochement avec l’Algérie permettrait à la France de défendre ses intérêts économiques, à condition de dépasser les blocages diplomatiques qui continuent de peser sur les échanges bilatéraux.
Assia M.
