Les mesures engagées par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, pour stimuler l’investissement et renforcer la production nationale entrent dans une phase décisive.
La rencontre prévue ce mercredi au Centre international des conférences (CIC) avec les opérateurs économiques doit marquer le passage des engagements aux résultats.
C’est ce qu’a développé ce mercredi l’expert économique Nabil Djemaâ lors de son intervention sur les ondes de la chaîne III de la Radio nationale, estimant que « l’heure est désormais à la responsabilisation des entreprises, appelées à produire davantage, créer des emplois et réduire la facture des importations. »
Passer d’une économie de dépense à une économie de production
« Le principe fondamental, c’est de passer d’une économie de dépense à une économie de production », affirme Nabil Djemaâ. Selon lui, la rencontre de ce mercredi dépasse la simple présentation des objectifs économiques.
« Ce n’est plus les objectifs, c’est d’aller directement au contrat avec les opérateurs économiques », insiste-t-il, évoquant des obligations réciproques entre l’État et les investisseurs, d’autant précise le convive de la Radio algérienne, l’Algérie ambitionne de porter son produit intérieur brut à 400 milliards de dollars et de rejoindre le rang des économies émergentes à l’horizon 2027.
Pour y parvenir, l’expert réclame une production nationale suffisante, compétitive et capable de remplacer les importations.
Il rappelle que « l’État finance, selon ses estimations, plus de 85 % des investissements, alors qu’un partage équilibré des efforts serait préférable. « Nous vous avons donné de l’argent », en reprenant les propos du président de la République.
Avec 958 projets débloqués et des investissements évoqués à hauteur de 38 000 milliards de dinars, Djemaâ considère que « les entreprises doivent désormais démontrer leur efficacité. Les résultats attendus sont la création d’emplois, la richesse et l’augmentation de la production. »
Guichet unique et numérisation pour accélérer les investissements
La simplification administrative constitue un autre pilier de cette transformation. Nabil Djemaâ salue le guichet unique destiné à faciliter les démarches des investisseurs, améliorer la transparence et renforcer le climat des affaires, estimant que « ces facilités doivent désormais s’accompagner d’une évaluation rigoureuse (…) Nous allons vers l’investissement rentable, plaidant pour « une sélection des projets selon leur valeur ajoutée, leur production réelle et leur contribution à la substitution aux importations. »
La numérisation apparaît, selon lui, comme « un instrument essentiel de cette nouvelle exigence. Elle permettra de retracer les financements accordés, de mesurer les réalisations et d’identifier les investissements improductifs.»
L’expert évoque également les crédits prévus dans le projet de loi de Finances (PLF-2027), notamment une enveloppe de plus de 10 milliards de dinars destinée à la numérisation.
Concernant le foncier industriel, il rappelle les instructions présidentielles visant « à débloquer les projets viables, particulièrement ceux capables de créer de la valeur ajoutée. »
Les banques appelées à financer aussi la production
Pour Nabil Djemaâ, la réussite de cette politique dépend largement du système bancaire. « Les banques, c’est le moteur de l’économie », affirme-t-il, tout en dénonçant leurs réticences « à accompagner les entreprises après le financement initial. »
Le problème apparaît notamment « lorsque les investissements arrivent à maturité et que les entreprises rencontrent des difficultés de trésorerie. Les banques exigent alors des garanties supplémentaires, au risque de compromettre la continuité de la production. , explique cet expert.
Du coup, l’économiste appelle « à renforcer la formation des banquiers et à améliorer leur capacité d’analyse financière », rappelant les assurances données par le président de la République aux responsables bancaires concernant « les décisions de financement prises sans enrichissement personnel. »
Il met particulièrement en avant le nouveau règlement relatif à l’affacturage, ou factoring, introduit par la Banque d’Algérie. Ce mécanisme doit permettre aux entreprises de mobiliser leurs créances pour obtenir rapidement des liquidités.
« Il faut suivre cette entreprise », insiste Djemaâ, estimant que « le financement doit accompagner toutes les étapes de son développement. »
Importations, inflation et industrie automobile sous surveillance
L’expert insiste enfin sur « la nécessité d’une meilleure coordination entre les banques, les douanes, les services fiscaux, le ministère du Commerce extérieur et l’agence chargée de l’investissement », estimant que « cette coordination doit faciliter l’importation des intrants nécessaires aux producteurs, sans ouvrir la voie aux pratiques abusives. »
Djemaâ dénonce notamment les importateurs « peu scrupuleux », « la sous-facturation à l’exportation » et « les pratiques commerciales qui fragilisent les réserves de change et alimentent l’inflation », appelant « à renforcer la traçabilité et les contrôles grâce à la numérisation. »
L’industrie automobile et la fabrication locale de pièces détachées figurent parmi les filières prioritaires. L’économiste déplore « des augmentations de prix pouvant atteindre quatre à cinq fois leur niveau initial sur certaines pièces importées », proposant notamment « de doter les banques d’outils informatiques permettant de comparer les prix déclarés avec ceux des fournisseurs internationaux. »
Au-delà des mesures incitatives, Nabil Djemaâ affirme que « l’État doit soutenir les investissements productifs, mais les opérateurs doivent désormais transformer les financements publics en production, en emplois et en richesse nationale. »
R.E
