L’Algérie cherche à renforcer la structuration de sa filière automobile, notamment à travers le développement de la sous-traitance et la localisation progressive de la production des composants.
Le ministre de l’Industrie, Farid Kourtel, a pris part vendredi, en Egypte aux travaux du Forum africain de l’investissement dans le secteur automobile, consacré aux perspectives de développement de l’industrie automobile sur le continent et au renforcement des chaînes de valeur africaines dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Organisée par la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), en partenariat avec le Secrétariat de la ZLECAf, la rencontre a réuni des décideurs publics, des investisseurs, des institutions financières, des constructeurs automobiles, des équipementiers ainsi que des promoteurs de projets. Les discussions ont porté sur les moyens de tirer davantage parti du marché continental pour développer la production automobile, favoriser les investissements et renforcer l’intégration des chaînes d’approvisionnement.
Kourtel multiplie les contacts
En marge des travaux, le ministre a tenu plusieurs rencontres bilatérales avec des responsables égyptiens, notamment le ministre des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, le ministre de l’Industrie, Khaled Hachem, ainsi que le ministre de l’Investissement et du Commerce extérieur, Mohamed Farid Saleh.
Kourtel s’est également entretenu avec Tarek Ismail Mosaad, président-directeur général de Hyundai Motor pour la région Moyen-Orient et Afrique. Nommé à cette fonction à compter de janvier 2026, Mosaad supervise les activités de Hyundai et Genesis dans la région Moyen-Orient-Afrique. Le constructeur coréen avait alors indiqué vouloir poursuivre le développement de ses capacités industrielles dans la région, avec notamment des projets d’assemblage en Égypte et en Algérie.
Ces échanges interviennent alors que l’Algérie cherche à renforcer la structuration de sa filière automobile, notamment à travers le développement de la sous-traitance et la localisation progressive de la production des composants. À Alger, le ministre avait récemment réuni les entreprises agréées dans la fabrication automobile afin d’examiner les moyens de localiser la production de composants plastiques et d’accroître le taux d’intégration nationale.
La ZLECAf comme levier d’intégration
Le forum d’El Alamein s’inscrit dans une réflexion plus large menée à l’échelle continentale sur la constitution de chaînes de valeur automobiles africaines. L’automobile figure en effet parmi les secteurs prioritaires identifiés dans le cadre de la stratégie d’engagement du secteur privé de la ZLECAf, aux côtés notamment de l’agro-industrie, de la pharmacie et du transport-logistique. L’objectif est de favoriser une production à plus forte valeur ajoutée, de réduire la dépendance aux importations et de faciliter les échanges de produits et de composants entre pays africains.
L’Union africaine relève, dans ses travaux sur les chaînes de valeur, que la production automobile demeure concentrée dans un nombre limité de pays du continent et que la part des intrants provenant d’Afrique reste faible. Le développement de fournisseurs régionaux de composants apparaît ainsi comme l’un des principaux leviers pour accroître la valeur ajoutée locale et créer davantage de capacités industrielles.
Les travaux menés dans le cadre de la ZLECAf ont également porté sur les règles d’origine applicables au secteur automobile, un enjeu déterminant pour permettre aux véhicules et composants fabriqués en Afrique de bénéficier pleinement des préférences commerciales prévues par l’accord. Le Secrétariat de la ZLECAf a par ailleurs engagé, avec ses partenaires, des initiatives portant sur la fabrication de composants et la constitution de chaînes de valeur régionales.
Un marché continental à structurer
Pour Afreximbank, le développement de l’industrie automobile africaine passe notamment par la mise en place de chaînes de valeur régionales, le financement des investissements, l’amélioration des infrastructures et la consolidation des capacités industrielles. La Banque a renouvelé en 2025 son partenariat avec l’Association africaine des constructeurs automobiles (AAAM), avec un accent particulier sur les chaînes de valeur régionales, le financement automobile ainsi que le renforcement des politiques et capacités industrielles.
Afreximbank avait également indiqué, dans son rapport annuel 2024, avoir soutenu une étude consacrée aux chaînes de valeur automobiles à l’échelle du continent. Cette étude avait permis d’identifier dix projets susceptibles de contribuer au développement de ces chaînes de valeur, représentant une valeur d’investissement de 125 millions de dollars selon les estimations présentées dans le rapport.
Les perspectives sont également liées à l’essor du commerce intra-africain. Selon une publication de l’Union africaine consacrée à la chaîne de valeur automobile, le secteur dispose d’un potentiel important de développement des échanges intra-africains, notamment avec la mise en œuvre complète de la ZLECAf et une meilleure articulation entre les pays producteurs de véhicules et ceux disposant de capacités dans les composants et autres intrants.
L’Algérie entend renforcer son positionnement
Pour l’Algérie, la participation de Farid Kourtel à cette rencontre intervient dans un contexte de relance de la filière automobile et de recherche d’une intégration industrielle plus poussée. Les orientations annoncées récemment par le ministère mettent l’accent sur la production locale de composants, le développement de la sous-traitance et l’élargissement de la base industrielle nationale.
La dimension continentale constitue, dans ce cadre, un autre axe de développement potentiel. L’Algérie dispose déjà d’une expérience récente dans les mécanismes de promotion du commerce et de l’investissement intra-africains, notamment à travers l’organisation à Alger de la Foire commerciale intra-africaine (IATF 2025). Selon Afreximbank, cette édition avait enregistré 48,3 milliards de dollars d’accords commerciaux et d’investissement, tandis que l’Algérie représentait 11,4 milliards de dollars des contrats conclus.
Le Forum d’El Alamein offre ainsi un cadre de discussions sur les conditions permettant de passer d’un marché automobile essentiellement alimenté par les importations à un véritable espace continental de production, d’investissement et de sous-traitance. La constitution de chaînes de valeur transfrontalières, la mobilisation des financements, l’harmonisation des normes et le développement de compétences industrielles figurent parmi les principaux enjeux de cette transformation. Afreximbank et ses partenaires ont précisément identifié ces leviers comme nécessaires à l’émergence d’une industrie automobile africaine davantage intégrée.
R.E
