Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a adressé ce dimanche un message, lu en son nom par le président du Conseil de la nation, Azouz Nasri, aux participants aux travaux de la 21ᵉ session extraordinaire de l’Assemblée de l’Union africaine consacrée à la prévention et au règlement des conflits en Afrique, qui se déroule dans la capitale angolaise, Luanda.
En voici la traduction APS :
« Au nom d’Allah, Clément et Miséricordieux,
Prière et paix sur le plus noble des Messagers,
Monsieur le président, Excellence, Monsieur le président de la République d’Angola, pays frère,
Excellences, Messieurs les chefs d’Etat et de Gouvernement,
Monsieur le président de la Commission de l’Union africaine,
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi, tout d’abord, d’adresser mes vifs remerciements et ma profonde gratitude à la République d’Angola, pays frère, direction et peuple, pour son hospitalité, son accueil chaleureux et son excellente coordination pour la tenue de cet important sommet extraordinaire.
Cette réunion de haut niveau offre à notre Organisation une opportunité stratégique renouvelée pour opérer une transformation radicale dans la manière d’aborder les questions de paix et de sécurité sur notre continent et passer de manière effective des méthodes traditionnelles à un mode d’action plus efficace et plus résolu dans le traitement de ces questions, dans leurs deux volets interdépendants : la prévention et le règlement des conflits.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Nous nous réunissons aujourd’hui dans un contexte régional et international extrêmement préoccupant et complexe. Notre continent connaît en effet une multiplication des foyers de tension, une aggravation des conflits prolongés et une intensification des guerres par procuration et des ingérences étrangères éhontées, sans compter la persistance du gel du processus de décolonisation, dont l’aboutissement demeure une question cruciale pour la stabilité du continent.
Les indicateurs sécuritaires alarmants sur le terrain révèlent la gravité de la situation. Au cours de la dernière décennie, le continent a enregistré une hausse vertigineuse de 400% des attaques terroristes et une augmentation de 237% du nombre de décès qui en découlent.
De plus, l’Afrique compte désormais à elle seule près de 63% de l’ensemble des victimes du terrorisme dans le monde, tandis que la région sahélo-saharienne supporte à elle seule plus de 51% de ces pertes, auxquelles s’ajoute la mort de plus de 17.000 Africains chaque année, soit une moyenne de 46 morts par jour.
Face à ces défis grandissants, et convaincus que la paix et la sécurité en Afrique forment un tout indivisible, nous constatons qu’en dépit des efforts déployés, l’UA demeure marginalisée et reléguée aux rôles secondaires dans les initiatives et processus de paix sur son propre territoire.
Le problème fondamental ne tient pas à l’absence de textes ou de cadres institutionnels, mais aux défaillances dans leur mise en œuvre et au manque de volonté politique face aux engagements continentaux.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Réaffirmant l’engagement constant de l’Algérie envers les causes africaines, nous soumettons à votre auguste assemblée les recommandations pratiques suivantes :
Premièrement : renforcer le système de prévention sans surcharger le continent de nouvelles structures
La sagesse exige de coordonner la création de nouveaux mécanismes et structures susceptibles d’alourdir inutilement notre organisation.
Il convient plutôt de renforcer l’intégration et le partenariat entre les mécanismes existants, à commencer par la Commission de consolidation de la paix des Nations unies (CCP). Cela passe par l’activation du système d’alerte précoce, la pleine exploitation de l’Outil continental d’évaluation des risques et le renforcement du rôle consultatif et diplomatique du Groupe des Sages. Nous soulignons également la nécessité
d’accélérer l’opérationnalisation complète du Fonds pour la paix de l’Union africaine et de fournir des ressources suffisantes et durables pour financer les initiatives préventives et la diplomatie proactive.
Deuxièmement : ancrer la présence et l’intervention sur le terrain de l’UA
Que ce soit dans le domaine de la prévention ou du règlement des conflits, l’Union africaine doit imposer sa présence sur le terrain pour lutter contre les groupes terroristes et les réseaux du crime organisé, tout en
fournissant une aide humanitaire d’urgence. Cela passe par le déploiement effectif et opérationnel des organes de l’Union, notamment les Représentants spéciaux du président de la Commission, l’activation de la
Force africaine en attente avec ses composantes régionales, et l’intensification des actions sur le terrain du Groupe des Sages.
Troisièmement : revenir aux fondamentaux et aux bons offices
Les mécanismes fondateurs de notre Organisation continentale nous rappellent que les bons offices des chefs d’Etat et de Gouvernement constituent l’instrument le plus efficace. Aussi, nous estimons qu’il est indispensable que la Conférence des chefs d’Etat et de Gouvernement de l’UA inscrive l’examen du traitement des crises à l’ordre du jour de ses sessions et réunions périodiques, et que leurs Excellences mènent
personnellement les efforts de médiation directe avec leurs homologues, dans un esprit de fraternité et de solidarité africaine.
Quatrièmement : établir un lien entre la paix, le développement et l’action humanitaire
Convaincus qu’il ne saurait y avoir de paix et de sécurité sans développement, ni de sécurité stable sans une réponse aux catastrophes humanitaires, nous appelons à la conjugaison des efforts et à la valorisation des atouts compétitifs de notre continent.
La situation humanitaire tragique vécue par des millions de nos concitoyens africains interpelle notre conscience collective et exige une action urgente et unifiée de l’Union africaine, en coordination avec les partenaires internationaux. Ce faisant, les ressources de l’Union doivent être orientées vers des projets concrets ayant un impact direct sur la vie des citoyens africains, tout en autonomisant les jeunes et les femmes, qui constituent le socle de notre présent et la clé de notre avenir ».
APS
