La prochaine visite en Algérie du président malien, le général d’armée Assimi Goïta, marquera une nouvelle étape dans le rapprochement entre les deux pays, après 14 mois de fortes tensions.
Au-delà du réchauffement bilatéral, cette visite illustre une évolution plus large de la présence algérienne au Sahel : Alger semble vouloir passer d’une diplomatie principalement fondée sur la médiation politique à une diplomatie des projets, centrée sur l’énergie, les infrastructures, les échanges et la formation.
Avec plus de 1 300 kilomètres de frontière commune, l’Algérie et le Mali restent étroitement liés. Ce qui se passe au nord du Mali peut donc rapidement avoir des conséquences sur les régions méridionales algériennes. C’est cette réalité géographique qui pousse probablement les deux capitales à rechercher aujourd’hui un terrain d’entente, malgré les profondes divergences apparues ces dernières années.
Pour Bamako, l’Algérie constitue un partenaire et un débouché naturel vers le nord. Pour Alger, la stabilité du Mali est directement liée à sa propre sécurité. La rupture provoquée en 2024 par la décision malienne de mettre fin à l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger avait fortement dégradé les relations. Le retour du dialogue ne signifie pas la disparition des divergences, mais traduit la volonté des deux pays de repartir sur de nouvelles bases.
De la médiation aux projets
Pendant longtemps, l’apport de l’Algérie au Sahel reposait surtout sur la médiation, le dialogue politique et la coopération sécuritaire. Désormais, Alger cherche davantage à créer des interdépendances économiques. La route transsaharienne, les zones commerciales, les projets énergétiques et les programmes de formation avec le Mali, le Niger, le Burkina Faso ou le Tchad participent de cette nouvelle approche. L’objectif est simple : ne plus seulement dialoguer avec les pays du Sahel, mais construire avec eux.
L’énergie comme instrument de connexion
L’électricité occupe une place particulière dans cette stratégie. Dans une région confrontée à d’importants déficits énergétiques, une centrale peut avoir des effets directs sur les entreprises, les services publics et les populations. Au Niger, la centrale «Solidarité» de Gorou Banda, d’une capacité de 40 mW, inaugurée en juin 2026, illustre cette logique. Au Tchad, un accord portant sur une centrale de 40 mW à N’Djamena, signé en mai 2026 puis suivi de la pose de la première pierre en juin, associe également infrastructure et formation.
Au Burkina Faso, la coopération engagée dans l’énergie, les hydrocarbures et les infrastructures de stockage et de distribution élargit encore cette approche. Ces projets ne produisent donc pas seulement de l’électricité ou des infrastructures : ils peuvent aussi créer des compétences, des échanges commerciaux et des relations économiques durables.
Le soft power
C’est là que se trouve probablement l’évolution la plus importante de la stratégie algérienne. L’apport de l’Algérie au Sahel ne repose plus uniquement sur sa diplomatie traditionnelle. Une centrale électrique, une route, une zone commerciale, une ligne énergétique ou un programme de formation peuvent parfois avoir autant d’impact sur les relations entre deux pays qu’un accord politique.
Cette diplomatie des projets permet à l’Algérie de se présenter comme un partenaire capable d’apporter des solutions concrètes, sans nécessairement entrer dans une logique de confrontation ou de présence militaire. Mais le pari reste fragile. Le Sahel est devenu un espace de compétition entre de nombreux acteurs et les gouvernements de la région ont leurs propres priorités politiques et sécuritaires. Le rapprochement avec Bamako devra donc être consolidé malgré les divergences persistantes. En effet, l’Algérie devra gérer ses relations avec des gouvernements qui ont parfois des visions très différentes de la sienne, notamment sur les questions sécuritaires et politiques
Le véritable enjeu
Pour Alger, la question n’est plus seulement de stabiliser le Sahel, mais de savoir comment y assurer durablement la sécurité.
Si ses investissements créent des emplois, renforcent les compétences locales, améliorent les infrastructures et stimulent les échanges, ils peuvent transformer la proximité géographique en zone de développement durable. Ainsi, l’Algérie ne serait plus seulement perçue comme un voisin important ou comme un acteur diplomatique traditionnel du Sahel, mais comme un partenaire économique capable d’apporter des solutions concrètes. C’est probablement le véritable intérêt de la «diplomatie des projets».
Smail Rouha
