Après des mois de tensions et de brouille diplomatique entre Alger et Bamako, l’heure semble, désormais, au rapprochement.
La visite officielle à Alger du Premier ministre malien, chef du gouvernement, Abdoulaye Maïga, et l’audience que lui a accordée, lundi, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, marquent une étape importante dans le retour à la normale entre les deux pays voisins.
Au-delà du caractère protocolaire de la rencontre, les déclarations du Premier ministre malien à l’issue de son audience avec le président Tebboune traduisent clairement une volonté partagée de dépasser la période de crispation et de renouer avec une relation fondée sur le respect, la profondeur de l’histoire commune, dans l’intérêt des deux peuples frères.
Reçu à la tête d’une importante délégation, Abdoulaye Maïga a indiqué avoir bénéficié des «sages conseils» du président de la République, soulignant que «l’histoire commune des deux pays constitue un acquis et un point de départ pour s’inscrire dans la marche de la modernité et du progrès». Le chef du gouvernement malien était également porteur d’un message du président de la Transition, Assimi Goïta, à son homologue algérien. Dans sa déclaration, le dirigeant malien a remercié Abdelmadjid Tebboune pour son invitation à effectuer une visite officielle en Algérie, invitation considérée comme «une marque d’affection et de considération» à son endroit et à celui du peuple malien.
Avancer ensemble
Surtout, Assimi Goïta a donné son accord de principe pour cette visite, dont la date devra être arrêtée par les canaux diplomatiques. Une perspective qui confirme la volonté des deux capitales de refermer définitivement la parenthèse de la brouille et de remettre sur les rails une coopération mise à rude épreuve par les tensions de ces derniers mois.
Abdoulaye Maïga a, à ce titre, insisté sur une évidence que ni Alger ni Bamako ne peuvent ignorer : la géographie. Reprenant les propos du président Tebboune, selon lesquels «nous ne pouvons pas changer la réalité géographique ni s’en éloigner», le Premier ministre malien a affirmé que «les deux nations sont condamnées à avancer ensemble et à œuvrer dans le sens de la prospérité des deux peuples».
Cette déclaration résume, à elle seule, l’esprit du nouveau départ recherché par les deux pays. L’Algérie et le Mali partagent, en effet, une longue frontière, une histoire profondément imbriquée et, surtout, un environnement régional où les défis sécuritaires, économiques et géopolitiques imposent davantage de dialogue et de coordination.
Dans une région sahélo-sahélienne fragilisée par l’instabilité, la menace terroriste, les trafics transfrontaliers, les ingérences extérieures et les crises politiques, Alger et Bamako ont objectivement plus à gagner d’une relation apaisée que d’une confrontation diplomatique prolongée.
Défis communs multiformes
Abdoulaye Maïga a, d’ailleurs, évoqué les «défis multiformes» auxquels sont confrontés les deux pays, rappelant «la conviction partagée des dirigeants des deux pays de faire de la région un havre de paix, débarrassé de toute forme de néocolonialisme, d’hégémonie et de terrorisme, garantissant, ainsi, un développement durable au profit de ses peuples».
Le Premier ministre malien a également mis en avant la profondeur des liens historiques entre les deux nations et leur engagement commun en faveur de la dignité et de l’émancipation des peuples africains. «Cette histoire, à la fois proche et lointaine, peut servir de capital pour que nos deux pays s’inscrivent dans la marche de la modernité et du progrès», a-t-il affirmé, évoquant notamment Madaure et Tombouctou, deux hauts lieux historiques de diffusion du savoir. Autre signe du dégel, Abdoulaye Maïga a rappelé l’entretien téléphonique «fructueux» qu’il avait eu, deux semaines auparavant, avec le Premier ministre Sifi Ghrieb, sur instructions du président Tebboune.
Il a assuré que le Mali, sous la direction d’Assimi Goïta, «ne ménagera aucun effort pour concrétiser cette vision partagée de nos deux leaders, pour l’intérêt de nos peuples».
Respect de la souveraineté
La question du respect de la souveraineté, au cœur des crispations passées, semble également faire l’objet d’une clarification. Le Premier ministre malien a ainsi salué la position du président Tebboune, qui a réaffirmé que «l’Algérie ne s’ingérera jamais dans les affaires intérieures du Mali» et que le respect de la souveraineté des Etats constituait une condition fondamentale de la vision commune défendue par les deux parties.
Abdoulaye Maïga a enfin souligné que cette approche dépassait le seul cadre bilatéral et concernait également les autres Etats de l’Alliance des Etats du Sahel. L’audience accordée par le président Tebboune au Premier ministre malien apparaît ainsi comme un véritable tournant.
Sans effacer les différends qui ont récemment opposé Alger et Bamako, elle ouvre une nouvelle séquence, placée sous le signe du dialogue et du réalisme. Car face aux défis immenses qui secouent le Sahel, la stabilité ne peut être construite durablement sans coopération entre les Etats directement concernés.
Les propos d’Abdoulaye Maïga sont, de ce point de vue, sans ambiguïté : après la brouille, Alger et Bamako semblent avoir choisi de regarder de nouveau dans la même direction et de faire de leur histoire commune et de leur proximité géographique les fondations d’un nouveau départ.
S.M
