Le report de la rentrée scolaire au 21 septembre n’est pas passé inaperçu. Alors que le ministère de l’Éducation nationale avait arrêté la date du 6 septembre, le nouveau calendrier intervient au moment où plusieurs dispositions de la réforme éducative suscitent critiques, interrogations et demandes de réexamen.
Le changement de calendrier pourrait-il ouvrir une nouvelle séquence de concertation autour de la réforme ? La question se pose d’autant plus que plusieurs acteurs politiques et syndicaux ont demandé le gel des nouveaux textes et l’organisation d’assises nationales sur l’avenir de l’école algérienne.
Au cœur de la polémique figurent notamment le réaménagement des volumes horaires au secondaire, la place des langues étrangères et le statut de la philosophie dans certaines filières scientifiques et techniques.
Pour la rentrée 2026-2027, le ministère prévoit notamment l’introduction de l’anglais dès la troisième année primaire et du français à partir de la quatrième année. Au secondaire, les volumes horaires doivent être rééquilibrés au profit des matières fondamentales et des disciplines de spécialité.
Le département de Mohamed SeghirSaadaoui défend une réforme destinée à alléger les contenus, à réorganiser le temps scolaire et à renforcer les matières scientifiques et mathématiques, avec l’objectif affiché de mieux préparer les élèves à l’enseignement universitaire.
La philosophie au cœur de la controverse
La question de la philosophie a particulièrement alimenté les débats. Des informations faisant état de sa suppression en terminale scientifique et technique ont suscité des réactions. Le ministère a démenti une suppression totale, précisant qu’il s’agit d’un réaménagement des volumes horaires en fonction des filières.
Cette clarification n’a toutefois pas suffi à éteindre la polémique. Au-delà de la question des horaires, le débat porte désormais sur la méthode employée pour conduire la réforme et sur la place accordée à la concertation avec les enseignants, les syndicats, les experts et les acteurs politiques.
Hanoune réclame le gel des textes
La secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune, a été parmi les premières responsables politiques à contester le processus engagé par le ministère.
Elle a appelé à «dépasser les affrontements idéologiques» et à privilégier «une approche fondée sur l’expertise, le dialogue et la participation de spécialistes».
La dirigeante du PT a particulièrement insisté sur trois dossiers : la place de la philosophie, la question linguistique et l’implication des experts dans la définition des orientations de l’école algérienne.
Elle a également réclamé un
«gel immédiat» des textes et la tenue d’assises nationales réunissant les différents acteurs concernés afin de dégager une «vision commune», sous l’égide de la Présidence de la République.
D’où la question qui accompagne désormais le report de la rentrée : le président Abdelmadjid Tebboune a-t-il entendu l’appel de Louisa Hanoune ?
Un délai pour revoir la copie ?
Il serait prématuré de tirer des conclusions politiques du seul report de la rentrée. Mais le calendrier choisi intervient à un moment où la réforme fait l’objet d’un débat particulièrement sensible.
Le délai supplémentaire pourrait-il permettre au gouvernement de consulter davantage les acteurs concernés, de revoir certains arbitrages ou d’apporter des ajustements aux textes ? Rien, à ce stade, ne permet de l’affirmer.
Le ministre de l’Éducation nationale maintient, de son côté, que les nouveaux choix reposent sur les recommandations de la commission nationale chargée de la réforme. Il s’agit, selon le département, de mieux adapter les horaires aux différentes filières et de renforcer les enseignements directement liés à la spécialisation des élèves.
La mise en garde des oulémas
Face aux surenchères médiatiques et aux controverses sur les réseaux sociaux, l’Association des oulémas musulmans algériens est également sortie de sa réserve.
Dans un communiqué, elle apporte son soutien aux mesures destinées à moderniser l’école publique et à consolider ses fondements nationaux, tout en appelant à ne pas transformer le débat pédagogique en affrontement idéologique.
L’organisation estime que les divergences relatives à la pédagogie doivent relever de l’analyse, de la concertation et de l’ijtihad, et non d’une confrontation autour du patriotisme ou de la foi.
Sur la question linguistique, son message se veut également équilibré : elle rejette à la fois l’idée que la maîtrise d’une langue étrangère serait le seul marqueur de modernité et toute conception selon laquelle l’apprentissage d’une langue étrangère constituerait une atteinte au patriotisme.
Le silence des partis de la majorité
Alors que plusieurs formations politiques ont déjà pris position, les partis de la majorité présidentielle restent, pour l’heure, discrets. Le Mouvement de la société pour la paix (MSP) n’a pas davantage engagé de débat public majeur sur cette réforme.
Cette relative réserve contraste avec l’ampleur de la polémique qui s’est installée autour de l’école, un dossier qui dépasse désormais la seule question pédagogique.
Car derrière les horaires, les programmes et les langues se profilent des enjeux plus larges : quelle école pour l’Algérie de demain ?
H. Adryen
