Entre enjeux énergétiques, coopération sécuritaire et rapprochement diplomatique, les deux pays misent sur le dialogue pour reconstruire une relation stratégique au cœur de l’espace euro-méditerranéen.
Après plusieurs années marquées par des tensions diplomatiques et des incompréhensions politiques, Alger et Madrid semblent vouloir ouvrir une nouvelle page de leur relation bilatérale. La visite du président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez en Algérie intervient comme un signal politique fort : celui d’une volonté partagée de rétablir la confiance et de replacer le partenariat entre les deux pays sur une trajectoire durable.
Le message porté par les deux dirigeants est clair : l’Algérie et l’Espagne ont intérêt à dépasser les périodes de crispation pour renouer avec une coopération fondée sur la proximité géographique, les liens historiques et les complémentarités économiques.
Lors d’une déclaration à la presse conjointe avec le chef du gouvernement espagnol, à l’issue des entretiens tenus au siège de la présidence de la République, le président Tebboune a souligné que les relations algéro-espagnoles connaissent une dynamique positive. Celle-ci se concrétisera notamment par la tenue, en octobre prochain, en Espagne, de la huitième Réunion de haut niveau entre les deux pays.
Dans ce cadre, Pedro Sánchez a indiqué avoir instruit ses équipes de «commencer à travailler dès aujourd’hui avec leurs homologues algériens afin de garantir le succès de cette réunion de haut niveau, dans l’intérêt de nos deux peuples».
Le chef du gouvernement espagnol a souligné que ce sommet permettra de renforcer la coopération entre l’Espagne et l’Algérie dans plusieurs domaines, notamment la sécurité, la lutte contre la migration irrégulière et la coopération culturelle.
«Il est essentiel de renforcer le dialogue politique entre l’Espagne et l’Algérie. Le dialogue est le fondement sur lequel repose tout le reste», a-t-il affirmé.
La dernière session de cette réunion de haut niveau avait eu lieu en avril 2018 à Alger, alors que Mariano Rajoy occupait encore le poste de président du gouvernement espagnol.
Au-delà d’un simple cadre institutionnel, cette rencontre devra traduire dans les faits la volonté politique affichée par Alger et Madrid de reconstruire un partenariat plus ambitieux.
Dans ce sens, le chef de l’État a indiqué que cette visite de travail et d’amitié traduit «une volonté politique commune de donner une nouvelle impulsion au partenariat algéro-espagnol», en mettant l’accent sur les perspectives offertes par la coopération bilatérale dans plusieurs domaines.
Il a relevé que le nouvel élan imprimé aux relations entre Alger et Madrid constitue un facteur favorable à l’élargissement et à l’intensification de la coopération sectorielle, tout en encourageant les initiatives des opérateurs économiques et des investisseurs des deux pays.
Cette visite, a-t-il ajouté, témoigne de la volonté politique des deux pays de donner un nouvel élan à un partenariat algéro-espagnol fondé sur des intérêts communs et des bénéfices mutuels pour les deux nations amies.
Le gaz, pilier d’une relation stratégique
L’énergie reste au cœur du rapprochement entre l’Algérie et l’Espagne. Dans un contexte marqué par les incertitudes sur les approvisionnements, la fiabilité de l’Algérie comme fournisseur de gaz renforce son rôle stratégique pour l’Espagne et l’Europe. Les deux pays souhaitent, toutefois,élargir leur coopération aux énergies renouvelables, notamment le solaire, en combinant les potentialités algériennes et l’expertise technologique espagnole.
Les discussions ont également porté sur le renforcement des coopérations scientifique, technologique, culturelle et humaine. Pedro Sánchez a qualifié l’Algérie de
«partenaire stratégique» et de
«pays ami», affirmant la volonté de Madrid d’ouvrir une nouvelle étape dans les relations bilatérales et d’approfondir cette coopération.
Cette complémentarité pourrait constituer l’un des fondements d’une nouvelle alliance énergétique euro-méditerranéenne.
Retrouver la confiance au-delà des intérêts économiques
La relance des relations algéro-espagnoles ne se limite pas aux volets énergétique et commercial. Elle s’inscrit également dans une volonté de rétablir un dialogue politique régulier et de dépasser les tensions du passé.
Les déclarations de Pedro Sánchez, qualifiant l’Algérie de «partenaire stratégique» et de «pays ami», témoignent de la volonté de Madrid de renouer avec Alger sur de nouvelles bases. De son côté, l’Algérie insiste sur la nécessité d’une relation équilibrée prenant davantage en compte ses intérêts diplomatiques et économiques.
La coopération judiciaire figure parmi les dossiers prioritaires, notamment en matière de lutte contre la corruption et de récupération des avoirs détournés. Le président Tebboune a appeléà l’accélération des procédures d’entraide judiciaire, saluant les démarches déjà engagées par les autorités espagnoles et les résultats obtenus. En ce sens, le président Tebboune a exprimé l’espoir de voir cette coopération renforcée, notamment dans les dossiers liés à la lutte contre la corruption et la récupération des avoirs issus d’activités criminelles, à travers l’accélération des procédures d’entraide judiciaire.
Il a souligné que ce dossier constitue une priorité pour l’Algérie. «Nous attendons de vous, Monsieur le président du gouvernement, une réponse positive à nos demandes et la poursuite de la coopération en cours dans le traitement des dossiers judiciaires», a-t-ajouté.
Les deux pays entendent également renforcer leur coordination dans la lutte contre l’immigration irrégulière, la traite des êtres humains et la criminalité organisée transfrontalière, tout en facilitant la circulation des personnes dans un cadre de responsabilité partagée.
Le rôle attendu de l’Espagne
L’Algérie attend également de l’Espagne qu’elle joue un rôle plus actif au sein de l’Union européenne. En tant que pays voisin et partenaire économique important, Madrid peut contribuer à rapprocher les positions entre Alger et Bruxelles.
La relance du dialogue entre l’Algérie et l’Union européenne, notamment à travers les mécanismes institutionnels existants, apparaît comme un enjeu majeur. Les relations euro-méditerranéennes ne peuvent progresser durablement sans une prise en compte des intérêts des deux rives.
En effet, le chef de l’État a émis le vœu que l’Espagne, en raison de sa place au sein de l’Union européenne, contribue à promouvoir un meilleur équilibre dans les relations économiques entre l’Algérie et l’Union européenne, et participe à la relance du Conseil d’association Algérie-Union européenne, qui ne s’est pas réuni depuis 2020.
Convergence sur les grands dossiers régionaux
Les discussions entre les deux dirigeants ont également confirmé l’existence de plusieurs espaces de dialogue sur les crises régionales, notamment au Moyen-Orient, au Sahel, en Libye et la question palestinienne.
Sur ces dossiers, Alger défend traditionnellement une approche fondée sur le règlement politique des conflits, le respect du droit international et le rôle central des Nations unies.
La position espagnole sur la question palestinienne a été particulièrement appréciée par les autorités algériennes, illustrant une convergence qui pourrait contribuer à renforcer la confiance politique entre les deux capitales.
Une relation à reconstruire dans la durée
Le geste symbolique de Pedro Sánchez offrant un maillot de l’équipe nationale espagnole au président Tebboune peut paraître anecdotique, mais il illustre la dimension humaine et politique du rapprochement engagé.
Cependant, au-delà des symboles et des déclarations d’intention, le véritable succès de cette nouvelle étape dépendra de la capacité des deux pays à transformer leur volonté politique en projets concrets.
L’Algérie et l’Espagne disposent de nombreux atouts pour construire une relation exemplaire en Méditerranée : proximité géographique, complémentarité énergétique, intérêts économiques communs et défis sécuritaires partagés.
Le défi, désormais, est de faire de cette nouvelle dynamique un partenariat durable, fondé non seulement sur les nécessités du moment, mais également sur une vision stratégique commune pour l’avenir.
Un geste symbolique
Au-delà des enjeux politiques, économiques et énergétiques, la visite a été marquée par un geste symbolique. Pedro Sánchez a offert au président Abdelmadjid Tebboune un maillot de l’équipe nationale espagnole de football floqué à son nom.
Par ce geste, les deux dirigeants ont souhaité illustrer le climat de confiance retrouvé entre Madrid et Alger après plusieurs années de tensions diplomatiques.
Par ailleurs, le président Abdelmadjid Tebboune a adressé ses félicitations au gouvernement et au peuple espagnols à l’occasion du sacre de l’équipe nationale espagnole de football, victorieuse de la Coupe du monde 2026 face à l’Argentine.
À cette occasion, il a salué une victoire «largement méritée», estimant qu’elle reflète le niveau atteint par le sport d’élite espagnol.
Smail Rouha
