Le président du gouvernement espagnol sera reçu par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avant des entretiens avec le Premier ministre, SifiGhrieb, et plusieurs responsables économiques.
Plus de quatre ans après son premier déplacement à Alger et trois ans après l’une des plus graves crises diplomatiques entre les deux pays, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, effectue, aujourd’hui, une visite officielle en Algérie destinée à tourner définitivement la page des tensions et à refonder un partenariat stratégique dont l’énergie constitue désormais le principal moteur.
Au-delà de sa portée politique, cette visite traduit une réalité géoéconomique : malgré les divergences diplomatiques qui ont opposé Alger et Madrid depuis 2022, le gaz est resté le socle d’une relation que ni les sanctions commerciales ni le gel du Traité d’amitié n’ont véritablement remise en cause. Les contrats gaziers ont été respectés, les approvisionnements maintenus et l’Algérie a conservé son statut de premier fournisseur de gaz naturel de l’Espagne.
Pedro Sánchez sera reçu par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avant des entretiens avec le Premier ministre, SifiGhrieb, et plusieurs responsables économiques. Il sera accompagné d’une importante délégation ministérielle et industrielle comprenant notamment la troisième vice-présidente du gouvernement et ministre de la Transition écologique, Sara Aagesen, le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, ainsi que les dirigeants de Repsol, Naturgy, Moeve et Enagás. Une composition qui illustre clairement les priorités de Madrid : sécuriser son approvisionnement énergétique et relancer les investissements bilatéraux.
Pour les autorités espagnoles, ce déplacement ouvre une nouvelle séquence dans les relations avec Alger. À Madrid, la crise diplomatique est désormais considérée comme close, après un processus de normalisation engagé progressivement depuis fin 2023 et achevé cette année avec la réactivation du traité d’amitié.
Une crise née du Sahara occidental
La rupture remonte à mars 2022. En apportant son soutien au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental, que Pedro Sánchez qualifiait alors de «base la plus sérieuse, crédible et réaliste» pour résoudre le conflit, l’Espagne rompait avec sa traditionnelle position de neutralité.
Alger avait aussitôt dénoncé un revirement majeur de la diplomatie espagnole. Le rappel de l’ambassadeur d’Algérie à Madrid, la suspension du traité d’amitié, puis le gel d’une partie des échanges commerciaux avaient plongé les relations bilatérales dans une crise sans précédent depuis plusieurs décennies.
Le réchauffement s’est, toutefois, opéré par étapes. Le retour de l’ambassadeur algérien en Espagne en décembre 2023, la levée des restrictions commerciales en novembre 2024 puis la visite à Alger du ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, en mars dernier, ont progressivement restauré la confiance. Le président Abdelmadjid Tebboune avait alors annoncé la réactivation du traité d’amitié, officialisant le retour à des relations pleinement normalisées.
Cette dynamique s’est confirmée avec la désignation de l’Espagne comme invitée d’honneur de la dernière Foire internationale d’Alger, symbole d’un rapprochement que les deux capitales souhaitent désormais inscrire dans la durée.
Le gaz, priorité absolue
Si la dimension politique de cette visite est importante, c’est bien le dossier énergétique qui en constitue le principal enjeu.
Dans un contexte européen marqué par la recherche de fournisseurs stables et la diversification des approvisionnements, Madrid souhaite renforcer sa dépendance… à un partenaire qu’elle considère paradoxalement comme le plus fiable.
Selon plusieurs sources espagnoles, l’objectif est d’obtenir jusqu’à 1,8 milliard de mètres cubes supplémentaires de gaz algérien chaque année. Une partie de ces volumes transiterait par le gazoduc Medgaz, reliant Beni Saf à Almería, dont les capacités pourraient être davantage mobilisées. Le complément serait assuré sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL) acheminé par voie maritime.
À travers cette stratégie, l’Espagne ambitionne d’augmenter d’environ 10% ses importations de gaz en provenance d’Algérie, consolidant ainsi une interdépendance énergétique devenue essentielle pour les deux pays.
Mais les discussions ne se limiteront pas aux hydrocarbures. Les deux gouvernements souhaitent également accélérer leur coopération dans les énergies renouvelables, en particulier le solaire et l’hydrogène vert, ainsi que dans les infrastructures, les nouvelles technologies et plusieurs secteurs industriels.
Une relation fondée sur des intérêts stratégiques
Cette visite marque davantage qu’une simple reprise du dialogue politique. Elle illustre la volonté des deux capitales de bâtir une relation moins dépendante des aléas diplomatiques et davantage structurée autour d’intérêts économiques et énergétiques convergents.
Pour Alger, il s’agit de conforter sa position de partenaire énergétique incontournable de l’Europe occidentale, tout en attirant de nouveaux investissements espagnols. Pour Madrid, l’objectif est de sécuriser durablement son approvisionnement en gaz auprès d’un fournisseur dont la fiabilité n’a jamais été remise en cause, y compris au plus fort de la crise diplomatique.
Le déplacement de Pedro Sánchez pourrait ainsi consacrer le passage d’une normalisation politique à un véritable partenariat stratégique, dans lequel l’énergie apparaît plus que jamais comme le principal ciment des relations entre l’Algérie et l’Espagne.
Smail Rouha
