En confirmant le maintien en détention de l’agent consulaire algérien, la justice française ravive un dossier sensible qui demeure au cœur des tensions entre Alger et Paris.
Paris persiste et signe. La cour d’appel de Paris a décidé, jeudi, de maintenir en détention l’agent consulaire algérien Smaïl R., malgré les réquisitions du Parquet national antiterroriste (PNAT), qui avait demandé sa remise en liberté sous contrôle judiciaire. Une décision qui pourrait avoir des répercussions sur les relations entre Alger et Paris.
Pour justifier le maintien en détention, le parquet général a notamment invoqué le risque de pressions sur les témoins, de concertation avec d’autres personnes impliquées dans l’affaire, de trouble à l’ordre public, ainsi que la nécessité de garantir la présence de l’agent consulaire sur le territoire français. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a suivi ces réquisitions, confirmant ainsi l’ordonnance rendue par le juge des libertés et de la détention (JLD), qui avait déjà rejeté la demande de remise en liberté.
Le PNAT a plaidé la remise en liberté
Cette position contraste avec celle du Parquet national antiterroriste. À la suite d’une demande déposée le 10 juin par les avocates de Smaïl R., le PNAT avait estimé, au regard des pièces produites par la défense, que la détention provisoire n’était plus nécessaire à la manifestation de la vérité. Il avait ainsi requis sa remise en liberté sous contrôle judiciaire.
Le parquet antiterroriste proposait un dispositif strict comprenant une assignation à résidence dans le Val-d’Oise, une obligation de pointage hebdomadaire au commissariat, la remise des documents d’identité, des restrictions de contacts ainsi qu’une caution de 100 000 euros. Saisi de cette requête, le juge des libertés et de la détention l’avait rejetée le 18 juin, décision dont l’agent consulaire avait fait appel.
Interrogées par l’AFP, les avocates de Smaïl R. n’ont pas souhaité commenter la décision de la cour d’appel.
Répercussions diplomatiques
L’agent consulaire algérien est incarcéré depuis avril 2025 dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre l’Algérie et la France, apparues à partir de l’été 2024. Le maintien de sa détention intervient alors que les deux pays ont récemment amorcé un rapprochement, marqué notamment par la visite à Alger, en février dernier, du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, ainsi que par un entretien téléphonique entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays, qui sont convenus de travailler au renforcement des relations bilatérales.
L’affaire est suivie de près par les autorités algériennes, qui considèrent l’arrestation de leur représentant consulaire comme une atteinte aux usages diplomatiques. Elle continue de peser sur les relations entre Alger et Paris. Une éventuelle remise en liberté de Smaïl R. aurait été perçue par de nombreux observateurs comme un geste susceptible de contribuer à l’apaisement des tensions entre les deux capitales et de favoriser une reprise du dialogue sur d’autres dossiers sensibles, notamment celui du journaliste français Christophe Gleizes.
En France, depuis la réforme de 2013, le ministre de la Justice ne peut plus adresser d’instructions aux magistrats dans des affaires individuelles, ce qui garantit l’indépendance du ministère public dans la conduite des procédures judiciaires.
H.A
