La sortie de la liste grise consacre les efforts de transparence et de modernisation du système financier algérien.
La décision du Groupe d’action financière (Gafi) de retirer l’Algérie de sa «liste grise» marque une étape significative dans le repositionnement du système financier national sur l’échiquier international. Annoncée vendredi 19 juin à l’issue de la session plénière de l’organisation, cette sortie consacre plusieurs années de réformes profondes engagées par les autorités algériennes pour renforcer la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la criminalité financière.
Cette reconnaissance intervient après un processus de mise en conformité jugé exigeant par les experts du Gafi, fondé sur un plan d’action détaillé auquel l’Algérie s’est attelée depuis son inscription sur la liste grise en octobre 2024.
La délégation algérienne, conduite par le ministre des Finances Abdelkrim Bouzred et le gouverneur de la Banque d’Algérie Mohammed Lamine Lebbou, a activement pris part aux travaux, illustrant l’implication des plus hautes autorités dans ce chantier stratégique.
Des progrès salués
Dans son évaluation, le Gafi a salué les progrès «significatifs» réalisés par l’Algérie, soulignant une volonté politique forte et une coordination institutionnelle renforcée. L’organisation internationale a notamment mis en avant l’amélioration des mécanismes de contrôle financier, la montée en puissance des outils de détection des transactions suspectes et le renforcement du dispositif de transparence économique.
Au cœur des réformes engagées, figurent la modernisation du cadre législatif, l’élargissement de la définition des infractions économiques, ainsi que l’introduction de nouvelles obligations en matière d’identification des bénéficiaires effectifs des entreprises. Le Parlement algérien a également adopté, en avril dernier, des amendements importants visant à aligner la législation nationale sur les standards internationaux, notamment en matière de lutte contre la fraude fiscale et le financement illicite.
Dans le même élan, des mécanismes de coopération interinstitutionnelle ont été consolidés entre la Direction générale des impôts, les autorités judiciaires et les services de sécurité afin de renforcer l’échange d’informations et d’améliorer la traçabilité des flux financiers. Ces efforts ont été complétés par des inspections renforcées dans les secteurs jugés sensibles, accompagnées de sanctions plus dissuasives.
Un signal fort pour les investisseurs
Cette sortie de la liste grise est perçue par les autorités comme une validation internationale du chemin parcouru. Elle constitue, selon plusieurs responsables, un signal de confiance envoyé aux investisseurs et aux partenaires économiques. Elle devrait également contribuer à améliorer la réputation financière du pays et à faciliter les échanges avec les institutions financières mondiales.
Sur le plan économique, cette décision est accueillie favorablement par les acteurs du secteur privé. Le président du Conseil du renouveau économique algérien (CREA), Kamel Moula, a estimé qu’il s’agit d’un «signal positif» pour l’économie nationale. Selon lui, cette avancée vient consacrer les efforts entrepris en matière de transparence et de gouvernance, tout en renforçant la confiance des opérateurs économiques et des partenaires internationaux.
Le CREA considère que cette évolution pourrait accroître l’attractivité de l’économie algérienne, faciliter l’investissement et encourager une dynamique de croissance plus soutenue. Une orientation qui, selon son président, appelle à poursuivre les réformes afin de consolider une économie plus compétitive et mieux intégrée aux marchés mondiaux.
Une mobilisation collective saluée
Dans la continuité de cette dynamique, la ministre du Commerce intérieur, Amel Abdelatif, a souligné l’importance du travail collectif ayant conduit à cette réussite. Elle a salué l’engagement des cadres de son département ainsi que ceux du Centre national du registre du commerce, mettant en avant une coordination intersectorielle «efficace et rigoureuse».
Au-delà des félicitations, la sortie de la liste grise ouvre une nouvelle phase de vigilance et de consolidation. Le Gafi a, en effet, rappelé que la poursuite de la coopération reste essentielle afin de préserver les acquis et d’éviter tout retour en arrière.
Les autorités algériennes ont, de leur côté, réaffirmé leur engagement à maintenir le cap des réformes et à renforcer durablement le dispositif national de conformité financière.
Pour l’Algérie, cette décision dépasse le simple cadre technique. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation économique et institutionnelle, visant à renforcer la confiance, attirer les investissements et consolider la place du pays dans l’économie mondiale.
Assia M.
