L’appel du patron de la FIFA en faveur du journaliste français Christophe Gleizes, détenu en Algérie, dépasse largement le cadre sportif.
Décidément, le président de la FIFA, Gianni Infantino, est coutumier des positions paradoxales et des prises de décision qui font régulièrement grincer des dents dans le monde du football, voire au-delà. Ses déclarations et ses actes illustrent souvent le grand écart entre les principes qu’il affiche et la réalité de son action.
Ses dernières déclarations concernant le journaliste français Christophe Gleizes en sont une nouvelle illustration. Le 10 juin, à la veille du coup d’envoi de la Coupe du monde de la FIFA 2026, il a publiquement appelé les autorités algériennes à accorder une grâce présidentielle au journaliste français, détenu depuis un an en Algérie. Il a même exprimé le souhait de le voir assister au Mondial 2026, suggérant implicitement sa libération avant la finale prévue le 19 juillet.
«Il y a un siège libre, celui du journaliste français Christophe Gleizes. J’espère qu’il bénéficiera d’une grâce présidentielle et qu’il pourra nous rejoindre pendant la Coupe du monde», a déclaré Gianni Infantino.
Une déclaration qui interroge. En intervenant dans une affaire relevant de la souveraineté algérienne, le président de la FIFA semble s’éloigner du principe de neutralité politique qu’il défend régulièrement, relançant le débat sur la cohérence de son discours.
Silence sur des dossiers sensibles
Ces déclarations paraissent d’autant plus surprenantes que la FIFA est restée beaucoup plus discrète sur d’autres situations directement liées à l’organisation du Mondial. L’exemple de l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan est souvent cité. Considéré comme l’un des officiels les plus respectés du continent africain et dûment accrédité par la FIFA, il aurait été empêché d’entrer sur le territoire américain à son arrivée aux États-Unis.
Interrogé sur cette affaire, Gianni Infantino s’est limité à qualifier la situation de
«regrettable», avant de rappeler que la FIFA ne contrôle pas les décisions des gouvernements et des autorités nationales. Une réponse jugée insuffisante par plusieurs observateurs, qui y voient une différence de traitement selon les dossiers.
Les critiques visant le président de la FIFA ne se limitent pas aux questions politiques. Sur le plan sportif, nombre d’observateurs soulignent également le décalage entre son discours sur la protection des joueurs et certaines réformes engagées sous son mandat.
La complaisance
Refoulements de voyageurs, difficultés administratives pour certaines délégations et inquiétudes de supporters : plusieurs incidents ont alimenté les critiques à l’approche du Mondial 2026. Face à ces situations, la FIFA s’est retranchée derrière sa position institutionnelle, affirmant ne pas être impliquée dans les procédures d’immigration relevant des pays hôtes.
Pour certains observateurs, cette attitude témoigne d’une forme de dépendance vis-à-vis des autorités américaines. Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump en 2025, l’instance mondiale du football a multiplié les gestes de courtoisie à l’égard de la Maison-Blanche, au détriment de l’indépendance qu’elle revendique. De ce fait, l’Algérie n’a pas de leçons à recevoir de la FIFA.
Smail Rouha
